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Sauf surprise colossale, le traité européen sera adopté, et ne provoquera pas de scission majoritaire. Il le sera parce que le rejet entraînerait une crise majeure au sommet du pouvoir, en France, et une crise à l’échelon européen. Il y a donc du « marche ou crève » dans ce débat, plutôt qu’une adhésion.

Cette absence de désir est un symptôme supplémentaire du divorce entre les peuples et l’idée européenne. L’Europe est née dans l’enthousiasme, avec un projet politique grandiose, mettre fin à la guerre, dépasser les nationalismes, et soixante ans plus tard elle se renforce au forceps et à la camisole en redoutant plus que tout que les peuples à qui elle s’adresse, ou pour lesquels elle se bâtit, ne soit directement consultés.

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Donc on assiste à des débats officiels, conclus d’avance, et à un débat latent, ouvert en 2005 et refermé l’année suivante, mais qui fermente dans son placard.

A quoi est du le malentendu. Pourquoi ce hiatus entre la base et le sommet ? Pourquoi les français, et d’autres peuples, seraient-ils tentés de rejeter une organisation qui vise à leur bonheur, si ce n’est parce qu’ils ont le sentiment, juste ou faux, que la dite-organisation leur fabrique plus d’épreuves que de perspectives.

Et il faut les comprendre.

Quels sont les messages envoyés par l’Europe à longueur de journées et de journaux : des pensions rabotées, des salaires diminués, des couvertures sociales réduites, rien que des mauvaises nouvelles. Et qui sont les vertueux, « ceux qui ne trichent pas avec le réel » comme dit le magazine le Point de cette semaine, qui les met en couverture : Jean-Claude Trichet, Angela Merkel, Mariano Rajoy, Mario Monti, Pascal Lamy. Des austères de l’austérité.

Comme si le souffle idéaliste des fondateurs avait pour héritiers les héros d’une nouvelle épopée, celle de la règle et du ciseau. Comme si pour mobiliser les foules du XXIème siècle il fallait se contenter d’applaudir à Bruxelles quand à Athènes, à Madrid, à Lisbonne, à Rome, à Paris, un gouvernement prenait une décision, sans doute nécessaire, mais qui ferait souffrir les gens. Comme si les seuls messages positifs étaient des messages négatifs. Comme si, pour que ça fasse du bien il fallait que ça fasse du mal.

La période de crise explique peut-être, et sans doute, cette étrange communication, « Souffrez et nous ferons le reste ». Il n’empêche que ses effets, à moyen et même à court terme, deviendront intenables.

Si le mot « Europe » continue d’être accolé au mot « privation » chaque fois qu’il est prononcé, et s’il ne parvient pas à s’associer, au moins de temps en temps, au mot « espoir », « sécurité », « mieux-être » tous les traités du monde n’empêcheront son explosion, et ce serait une catastrophe…

Références

L'équipe

Hubert Huertas
Production
Caroline Bennetot
Collaboration