France Culture
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Attention, danger, ce matin le risque est grand de tout mélanger, dans une actualité qui soulève des problèmes aigus, l’antisémitisme, l’islamisme, les dérives des banlieues, l’unité de la France.

Je ne parle pas, bien entendu, de cette histoire de pain au chocolat. Les pains au chocolat font partie du répertoire de Joe Dassin, c’est une jolie chanson, ils sont aussi le dernier refrain de Jean François Copé, et là c’est une vilaine allergie, insignifiante comme tout ce qui est excessif.

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L’important est à la une de toute la presse : « des apprentis terroristes venus de nos quartiers, et qui s’en prennent aux juifs », dit le parisien, « l’islamisme version française » selon libération, « les islamistes français préparaient des attentats », dans le Figaro, et l’essentiel des éditos de la presse régionale tourne autour de cette réalité : des natifs, grandis en France, récemment convertis, des visées terroristes, et des actes antisémites.

D’abord prenons garde, par principe, à ne pas épiloguer sur les conclusions d’une enquête au moment où elle commence. Il arrive que la peur suscitée par des attentats possibles conduise les gouvernements à démanteler, dans des conférences de presse, des réseaux qui ne sont pas ce qu’on croit, témoin Michèle Alliot-Marie et l’affaire de Tarnac, ou l’alerte mondiale à l’aéroport de Londres, en Aout 2006, lancée par Tony Blair et Georges Bush.

Veillons ensuite à ne pas comparer ce qui n’est pas comparable. L’évocation de l’antisémitisme nous conduit forcément à faire le parallèle avec celui des années d’occupation, celui de la rafle du Vel d’hiv, or il n’est pas de même nature. En 40 l’antisémitisme était planifié par l’état, aujourd’hui, il lui échappe, il vient de groupes qui visent même à le détruire. En ce sens, les attentats contre les juifs de France sont aujourd’hui des attentats contre la France dans son ensemble.

Ce qui amène à la troisième réserve. Les mêmes mots reviennent partout. Islamisme et français. Comme si c’était une évidence. Comme si la seule appartenance juridique à la nation française, la seule possession d’une carte d’identité, réglait des problèmes d’intégration qui fermentent depuis trente ans.

Comme s’il était si évident que ces jeunes soient français dans leur tête. Comme si ces groupes de Strasbourg ou de Toulouse, français de par la loi, ne se sentaient pas, précisément, étrangers de par leur foi… La question posée par ces desperados, perdus dans le fanatisme, c’est qu’ils sont français selon les textes, mais autre chose dans la pratique.

En clair il y a comme une faille dans l’évidence affichée à la une, l’évidence d’être français, et c’est cette faille qui est sans doute la plus béante et la plus urgente à combler. Sans quoi les extrémistes diront que la France n’est plus la France, et les faits auront l’air de leur donner raison.

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L'équipe

Hubert Huertas
Production
Caroline Bennetot
Collaboration