France Culture
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Faire du bruit. Occuper l’espace. L’agitation en guise d’action.

Nicolas Sarkozy en était le champion toutes catégories. Mais son départ de l’Elysée n’ pas fait disparaitre les adeptes de cette « tentation du tam tam ». Quelle que soit leur couleur.

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A gauche, Arnaud Montebourg.

« Superman », sauveur autoproclamé des entreprises en crise, il a grillé la politesse à tous ses collègues. En recevant, hier, sans crier gare mais avec tambours et trompettes…., tous les partenaires sociaux : CGT, CFDT, FO, MEDEF, CGPME.

Le sémillant « ministre du redressement productif » veut voler au secours des Fralib, Petroplus et autres Sodimedical, car, s’enflamme-t-il, « il faut tout tenter y compris le plus… audacieux !! ». Comprenne qui pourra.

Il n’est pas certain que son homologue du ministère du Travail, Michel Sapin, adepte de la discrétion, ait compris. Ni que le premier ministre Jean-Marc Ayrault, désireux de recevoir les partenaires sociaux dans les formes, la semaine prochaine, ait apprécié. Mais la question des préséances entre détenteurs de maroquins est anecdotique. L’essentiel est ailleurs : en s’agitant ainsi, Arnaud Montebourg se convertit ipso facto à la « méthode Sarkozy », celle la même dénoncée par François Hollande: Jouer aux pompiers toutes sirènes hurlantes.

Or l’enjeu est d’une autre ampleur : tisser un nouveau maillage industriel, avec les collectivités territoriales et les partenaires sociaux. Et pour jouer cette musique là, le tam tam n’est pas le meilleur instrument.

A droite, ce n’est guère mieux.

Jean-François Copé en tête, les ténors de l’UMP ont donc choisi UN argument massue, et UN seul, pour les législatives : empêcher la gauche de, je cite, « détenir tous les pouvoirs, car ce serait du…. jamais vu !!! ».

En substance : la démocratie et le pluralisme seraient menacés.

Rafraichissons nous donc la mémoire : 1995 (ce n’est pas si lointain) : la droite… était à l’Elysée, contrôlait les deux chambres du Parlement avec une majorité… écrasante, détenait Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, 20 régions sur 22, et 75 conseils généraux sur 95. La démocratie était-elle menacée ? Non, évidemment. C’était le résultat des urnes. La démocratie n’est pas davantage en péril, aujourd’hui. Là encore, c’est un argument « tam tam », incohérent, de surcroit, avec un raisonnement gaulliste.

Et il peine à cacher les difficultés, au demeurant logiques, de l’UMP…. A se remobiliser après l’échec présidentiel… A développer un projet législatif cohérent… Et à éviter les dissensions internes.

Il y a deux explications à ce théâtre de l’absurde. La première est ponctuelle : c’est la succession étrange , de deux campagnes coup sur coup. La présidentielle et les législatives pourraient très bien avoir lieu le même jour, c’est courant à l’étranger. On ferait l’économie d’une nouvelle course à l’échalote.

La seconde est structurelle : la surenchère médiatique pousse les politiques à parler sans cesse, là où souvent le silence serait préférable.

La parole politique y perd en rareté et donc en valeur.

Plus de tam tam. Mais moins de partition… !!

Références

L'équipe

Hubert Huertas
Production
Caroline Bennetot
Collaboration