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Impossible est très français. La preuve, les deux événements politiques de ce week-end ne servent théoriquement à rien. Ils ne sont pas possibles. La manifestation contre le traité européen des amis de Jean-Luc Mélenchon ne trouvera pas de débouché au parlement. Et le Modem de François Bayrou qui tenait ses universités d’été en Bretagne ne trouve pas, et ne trouvera sans doute jamais son centre indépendant. Et pourtant ils existent, les français les ont rencontré.

L’un a pesé trois million huit cent mille voix à la Présidentielle, et l’autre trois millions deux cent mille voix. Mieux encore, le Non au traité européen a été majoritaire en 2005 en France, et Bayrou a totalisé presque sept millions de voix en 2007.

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Est-ce que l’inquiétude vis-à-vis de l’Europe, incarnée hier par un cortège important dans les rues de Paris, existe encore dans le pays ? On voit bien que oui.

Est-ce que les électeurs modérés, contraints de choisir entre le PS et l’UMP se sentent à l’aise dans le camp qu’ils ont été contraint de choisir. On voit bien que non.

Est-ce que certains électeurs de François Hollande ont des réserves, pour ne pas dire davantage, vis-à-vis du traité qui sera voté au parlement, presque mécaniquement. On voit bien que oui…

Est-ce que les électeurs centristes, qui préfèrent par défaut la droite à la gauche, sont contents de la tonalité à droite toutes de la primaire à l’UMP, on voit bien que non…

Est-ce que ces différences, ces divergences, voire ces oppositions peuvent trouver une expression dans le débat politique, lui apporter des nuances, ou la contradiction. Non.

Le débat politique français se résume à une formule : « c’est à prendre ou à laisser », et ces deux événements, qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre, ont en commun de le souligner une fois de plus. Mélenchon et Bayrou existent, ils pèsent, mais ils comptent pour du beurre.

Le PS pourra toujours accuser Mélenchon d’en faire trop, et la Droite d’être un extrémiste, l’UMP pourra toujours rigoler de ce qu’elle appelle la mégalomanie de Bayrou, et trouver dans ses déboires la justification de son mépris, il y avait du monde entre la place de Nation et la Place d’Italie, et qu’on le veuille ou non, il y a du monde dans les urnes présidentielles derrière le nom du béarnais têtu.

Mais pas assez pour peser.

Ainsi ce qui pèse, au moins un peu, ne pèse absolument rien dans le débat officiel, et la vie politique dans son ensemble se retrouve accusée d’être à côté de la plaque. Coupée des réalités. Dans la période de crise que traverse la France, dans laquelle elle s’enfonce même, une crise exceptionnelle, le débat politique continue son train-train, comme d’habitude, bloqué par le système des alliances obligatoires.

Avant la Présidentielle, la gauche étant dans l’opposition, Arnaud Montebourg avait proposé de sortir de ce blocage en instituant une sixième république. Mais comme en 81, la gauche arrivée à l’Elysée n’en parle plus, elle ne dénonce plus le coup d’état permanent, elle le pratique à sa manière.

Pendant ce temps les colères et les malaises continuent d’exister. Ils s’expriment dans la rue, dans les exaspérations, parfois les extrémismes, et les grands partis politiques d’alternance, qui sont théoriquement à l’abri de ces coups de boutoir, se mettent à leur courir derrière.

C’est serpent qui se mord la queue.

Références

L'équipe

Hubert Huertas
Production
Caroline Bennetot
Collaboration