France Culture
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C’est le jour J. Ce lundi, pour la première fois, un pays étranger va acheter des avions Rafale. L’Egypte va débourser environ 5 milliards d’euros pour acheter 24 de ces avions, Jean-Yves Le Drian ministre de la Défense sera au Caire pour signer le contrat. Longtemps, Jacques Chirac nous a expliqué que les merdes volaient en escadrille mais aujourd’hui le gouvernement voudrait nous faire croire que les bonnes nouvelles volent en rafale.On ne s’étendra pas ici sur l’acheteur : l’Egypte du maréchal Al-Sissi assez peu respectueuses des droits de l’homme, mais il faut bien soutenir ce pays de 80 millions d’habitants au cœur d’une zone confuse, entre Libye, Daesh, Yemen et nord Sinaï. La realpolitik a ses exigences, l'Egypte est too big to fail mais depuis jeudi soir quand l’on a appris cette vente imminente - la tonalité médiatique et politique est globalement aux cocorico.Il y a deux semaines, le PS dénonçait une répression policière en Egypte* "encore plus forte que Moubarak"* et "des aspirations à la liberté et à la démocratie qui n'ont pas été comblées" mais aujourd’hui il "se réjouit" de cette vente *"due aux efforts continuels du gouvernement et de François Hollande alors que le Moyen-Orient et l'Egypte sont confrontés à des menaces terroristes de grande ampleur". * Au contraire, pour les écologistes *"l’hypocrisie française prend de l’altitude" * et pour le Front de Gauche, ce contrat contribue au "surarmement du Proche-Orient" .Le *storytelling * de l’avion le plus performant du monde est très majoritairement repris par la classe politique et une partie des media mais à y regarder de plus près, s’agit-il vraiment d’un immense succès du made in France ? Il n’y a pas eu d’appel d’offres et concernant le plan de financement, l’Egypte versera un acompte de 10 à 15% et va emprunter le reste à des banques… françaises ! La caution sera prise en charge par… la COFACE, une assurance privée dont les frais de gestion sont assurés par l’Etat et donc par de l'argent public. Or, le Rafale et l’argent public sont deux vieux compagnons puisque pour cet avion 100% français financé à 100% par les Français, l’armée française aura dépensé 40,7 milliards d'euros selon la cour des comptes. Ce qui n’empêchait pas Serge Dassault sénateur UMP et propriétaire du Figaro de demander dans son journal début 2015 moins de dépense publique et moins d’impôts.Aujourd'hui, Dassault et le gouvernement socialiste nous expliquent d'une seule voix que ce contrat égyptien assurera 7.000 emplois. Pas 7.000 créations mais le maintien de 7.000 emplois. Il est déjà prévu que si Dassault ne vend pas 40 Rafale à l'export d'ici 2020 l'Etat français prendra le relais et les acquerera. Serge Dassault a beau dénoncer les emplois aidés, il demeure un spécimen rare de "l'assistanat" à la française.