France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

La question se pose à nouveau après l'élection législative partielle dans le Doubs, après d'autres partielles ou les dernières européennes, cantonales et régionales : que vaut un scrutin quand 60% des électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes ? Quelle est la légitimité des élus même si la légalité de leur élection est inattaquable puisqu'en France on se base sur les exprimés et qu'aucune participation minimale n'est exigée ?

Et de ces questions en découle une autre : celle du vote obligatoire.

Publicité

Les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot y voient un moyen de remobiliser les classes populaires comme électeurs et comme candidats. Laurent Fabius quand il était député et Thierry Mariani député UMP Droite Populaire défendent le vote obligatoire couplé à la reconnaissance du vote blanc.

Mais voilà, comme toujours lors d'une réforme institutionnelle, le législateur n'a fait que la moitié du chemin. Le vote blanc est reconnu et comptabilisé depuis le 1er avril 2014, mentionné au procès-verbal de chaque bureau mais décompté en dehors des exprimés et donc n'influe en rien sur le résultat final. On compte, cela fait joli et puis c'est tout… Voter blanc, ce n'est pas nul mais un peu quand même. En instaurant le vote blanc, il aurait fallu rendre le vote obligatoire et fixer un seuil maximal de votes blancs au-dessus duquel le scrutin ne serait pas valide.

Bien sûr chacun peut revendiquer sa liberté de ne pas cautionner un système dans lequel il ne se reconnaît pas ou ne se retrouve pas mais le décompte du vote blanc permettrait justement de mesurer le nombre de citoyens en défiance avec les candidats en lice. Pourquoi rendre le vote obligatoire ? L'on peut d'ailleurs pousser le raisonnement : pourquoi l'instruction est-elle obligatoire jusqu'à 16 ans ? Pourquoi est-on obligé de s'affilier à la sécurité sociale ?

Depuis les attentats du mois de janvier, nous réfléchissons collectivement aux moyens de ressouder la société française autour de quelques valeurs fondamentales. Cours de laïcité, service civique, politique de la ville ambitieuse, voilà les idées avancées mais cela coûte cher et prendra du temps. Le devoir de vote, lui, ne nécessite qu'une réforme du code électoral, ce n'est pas une réforme constitutionnelle. Le débat reste ouvert sur d’éventuelles pénalités, financières ou pas, mais en réalité ce n'est pas le plus important.

Rendre le vote obligatoire n'est pas une prime aux partis de gouvernement "traditionnels". Ma preuve le vote est obligatoire en Grèce ou Syriza s'est imposée ou en Belgique ou l'extrême-droite flamande NVA a atteint des records. Non. Rendre le vote obligatoire - avec pourquoi pas une dose de proportionnelle et moins de scrutins donc moins d'échelons - c'est obliger les citoyens à s'intéresser plus aux candidats et les candidats à s'intéresser plus aux citoyens.

Pour paraphraser le Canard Enchaîné, la liberté de vote ne s’use que quand on ne s’en sert pas.

Références

L'équipe