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Le président de la république a réussi hier à réconcilier le président du CRIF, Conseil Réprésentatif des Institutions Juives de France, Roger Cukierman, et le président du Conseil Français du Culte Musulman, Dalil Boubakeur.Tous les deux se sont retrouvés à l'Elysée pour une poignée de main symbolique et pour dire ensemble que l'incident était clôt. La veille, Cukierman avait expliqué que "toutes les violences antisémites (étaient) aujourd'hui le fait de jeunes musulmans", ajoutant au passage que sur le plan "personnel" Marine Le Pen était "irréprochable" sur le plan de l'antisémitisme. Dans la foulée, Boubakeur, outré, avait décidé de ne pas participer au dîner annuel du CRIF, arguant qu'on avait dépassé là les limites du supportable.D'un point de vue symbolique, donc, les musulmans et les juifs de France sont réconciliés et travaillent ensemble, main dans la main, pour lutter contre le racisme. Mais qu'en est-il en réalité ?C'est une réconciliation de façade. Une réconciliation qui cache mal le fait que de nombreux juifs en France ont peur, depuis des années, confrontés à une recrudescence des insultes et des violences antisémites. Le fait que la communauté juive de France soit aujourd'hui devenu la première à pratiquer l'Alihya, le départ vers Israel, en témoigne.Une réconciliation qui cache mal également le fait que de nombreux français d'origine musulmane ne se sentent pas intégrés à la communauté française. Relégués dans des cités ghettos, avec pour seule perspective le carrelage crasseux de leurs cages d'escalier. Pour beaucoup d'entre eux, la République, c'est une sorte de concept incompréhensible, incapable de leur procurer du travail et d'envoyer une société de nettoyage.Et le clash entre les deux représentants des communautés juives et musulmanes de France (dont il faudrait au passage se demander qui ils représentent en réalité), ce clash révèle le repli communautaire à l'oeuvre, en France, aujourd'hui. Et en réalité, il révèle, de façon plus large, l'atomisation de la société française. Face à un monde qui fait de plus en plus peur, face à une mondialisation débridée, chacun se regroupe au sein de petites entités qui essaient de se trouver quelques valeurs communes, qui essaient de se construire tant bien que mal une vision et une explication du monde qui permettrait d'anticiper l'avenir...Et ce que tente de faire François Hollande, ce qu'il aimerait faire en tous cas, c'est rassembler toutes ces entités qui s'égayent dans toutes les directions.Regardez sur le plan social. Manuel Valls va présenter cet après midi aux syndicats et au patronat ses options pour réformer le dialogue social. Mais déjà, ce qui se prépare, c'est une réforme à minima puisque syndicats et patronat n'ont pas réussi à se mettre d'accord au mois de janvier.Sur le plan politique, même chose, avec les frondeurs et même au delà, la Loi Macron est passée grace au 49.3. Il n'y a plus de majorité. Et ce n'est pas parce qu'il n'y a pas eu de clash, hier soir, au bureau national du Parti Socialiste, que les tensions sont apaisés. Au contraire, elles vont ressurgir puissance dix au lendemain des élections départementales qui s'annoncent d'ores et déjà être une claque monumentale pour le Parti Socialiste.Alors il cherche le ciment, François Hollande, pour recoller tout ça : "les valeurs de la République... la France est une et indivisible... souvenez vous les poilus en 14" ...Et en même temps, qu'est-ce qu'il montre le président ?Qu'il est tout occupé à manoeuvrer pour sa réélection en 2017 ... "il faudrait revenir les Verts au gouvernement ... bah oui sans les verts ça va être compliqué ... et donner des gages à Martine Aubry ... ah bah oui ... sans Aubry là c'est carrément impossible ..." Lui aussi fait partie d'une petite entité, qui a ses propres règles, sa propre vision du monde, et qui tente de se projeter vers l'avenir.Seulement, vers quel avenir ? quelle vision du monde il nous propose le président ? a-t-il en tête une idée de ce qui fait la cohérence de la société française ? Pas une idée de ce qu'elle a été par le passé mais une idée de ce qu'elle pourrait être à l'avenir ??Est-ce qu'il n'y aurait pas là un peu de ce ciment que François Hollande cherche en vain depuis 3 ans ?