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Georges Pompidou a eu Beaubourg ou plutôt le plateau Beaubourg a eu le centre Pompidou. Giscard la Villette et le musée d'Orsay, Mitterrand la pyramide du Louvre, l'Arche de la Défense et la bibliothèque, Chirac le musée du quai Branly et la liste s'arrête là.

Il n'y a eu aucun projet majeur sous Nicolas Sarkozy, son musée de l'Histoire de France que personne ne semble jamais avoir compris ne verra pas le jour. Quant à François Hollande, il n'a rien dans les cartons pour l'instant, et en 2017 le bilan s'arrêtera peut-être à la réouverture du tribunal de Tulle fermé par Rachida Dati mais il n'y est absolument pour rien, c'est une commission absolument indépendante qui en a décidé ainsi !

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En matière de grands travaux, la normalité semble donc avoir débuté sous Nicolas Sarkozy.

Contemporains du général De Gaulle, ses quatre premiers successeurs ont persévéré dans une pratique monarchique du pouvoir. Ce n'est pas pour rien que pour le plus gaullien d'entre eux - François Mitterrand - il fallait une pyramide, une arche forcément grande et une bibliothèque forcément très grande.

Ils ont bénéficié, encore, de quelques marges de manoeuvres budgétaires et ils s'étaient forgé une vision de l'Histoire et de l'Art via la poésie et l'art contemporain pour Pompidou, les sciences et techniques pour le polytechnicien Giscard, la littérature pour Mitterrand, les Arts premiers pour Chirac.

Aujourd'hui, sans manquer de talent politique ni même de culture, Sarkozy et Hollande n'ont pas édifié de tels Panthéons personnels - ou alors ils restent très intimes - et surtout ils ne donnent plus lieu à des grands projets.

Il est vrai que les caisses sont de moins en moins remplies et que les surcoûts généralisés et délirants des grands projets ont de quoi effrayer à - la maison de la radio, le futur palais de justice des Batignolles ou le Pentagone à la française - sans compter les bombes à retardement budgétaires que constituent les partenariats publics-privés dits "PPP".

Aujourd'hui, dans une République décentralisée, les grands travaux sont ceux des grands barons locaux comme le Mucem de Marseille, la cité du vin, le zénith et le grand stade de Bordeaux, le stade Pierre Mauroy à Lille qui vient d'accueillir la coupe Davis.

Aujourd'hui, l'on compte sur l'Europe et les 300 milliards du plan Juncker pour financer les grands projets en espérant qu'ils seront autre chose que des gares TGV au milieu des champs, des autoroutes à camions ou des barrages douteux.

Aujourd'hui, les "capitaines d'industrie" renouent à leur façon avec la tradition du mécénat mais la fondation Louis-Vuitton de Bernard Arnault ou la Halle Freyssinnet de Xavier Niel sont aussi d'excellentes niches fiscales. Même les projets privés coûtent en argent public !

Les grands travaux n'ont plus la cote car trop souvent la puissance publique ne sait ni gérer ni entretenir l'existant. Surtout, ils suscitent la méfiance et désapprobation des citoyens car ils ne sont pas expliqués. Les grands projets nécessitent une vision à long-terme et de la pédagogie pour que les citoyens se les approprient, ils peuvent encore constituer les dernières aventures collectives de notre époque.

Références

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