France Culture
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C'est le même rituel chaque année. Ils y vont tous. François Hollande, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy... Et ils y restent des heures. Il y a même presque un concours du temps passé à caresser le pelage rugueux et odorant des vaches et à déguster un morceau de saucisson. Médaille d'or cette année, ils sont deux ex-aeqo, Bruno Le Maire et Marine Le Pen. 9 heures à arpenter les allées du Salon.Mais qu'est-ce qui, donc, les attire tous comme des drosophyles sur un fruit trop mur ?Alors déjà, c'est un peu la fête foraine le Salon de l'Agriculture. On boit un coup, on rigole, on s'affranchit un peu du sérieux habituel. Et puis c'est marrant tous ces responsables politiques qui défilent en tailleur et en costume cravate au milieu des bouses de vache. Il y a un côté décalé dont raffolent les médias. D'ailleurs, l'un des intérêts pour nos leaders politiques, c'est cette couverture médiatique impressionnante. Et puis c'est l'occasion de tous un tas de blagues potaches, un peu grasse, qui sentent un peu le vin rouge. C'est une sorte de spectacle, ce Salon. Avec chaque année, tout un tas de petites phrases, qui marquent, et qui restent. Souvenez-vous, en 2008, c'est là que Nicolas Sarkozy avait rétorqué "casse toi pauv' con" à un homme qui ne voulait pas lui serrer la main. Là aussi que François Hollande, l'an dernier, avait dit à un enfant : "Nicolas Sarkozy? tu ne le verras plus". Ce à quoi l'intéressé a répondu cette année : "encore une promesse non tenue"...Ensuite il y a un aspect très pratique pour nos politiques qui passent la majeure partie de leur temps à Paris.Ca ne coûte pas cher de se rendre au Salon de l'Agriculture. C'est la campagne qui vient à la ville. Une voiture de fonction... un taxi... "Porte de Versailles s'il vous plait"... en un quart d'heure, on y est...Et puis il y a une dimension symbolique. Nos politiques viennent là à la rencontre de la France éternelle. Celle qu'on célèbre encore dans la Marseillaise quand on chante la tête haute et la main sur le coeur que "le sang de nos ennemis abreuvera nos sillons"...Mais à celà, il faut ajouter des motivations politiques beaucoup plus sérieuses.Même s'il y a de moins en moins d'agriculteurs, entre les exploitants, les retraités, les salariés, l'électorat agricole, c'est encore un peu plus de 3 millions d'inscrits sur les listes électorales selon une étude du Cevipof de 2012. Et sur un total de 43 millions d'électeurs potentiels en France, ça représente quand même 8% des inscrits.Et puis surtout, c'est un électorat fortement politisé, qui vote plus que les autres. Voilà essentiellement pourquoi nos responsables politiques les courtisent chaque année avec assiduité.Sa particularité, c'est qu'il est majoritairement ancrée à droite. Ca n'est pas pour rien que Jacques Chirac y était reçu chaque année comme une star. Les agriculteurs sont plus conservateurs et plus catholiques que le reste des français.Alors pour la Gauche, c'est une terre de conquête.Terre de conquête également pour l'extrème droite. D'autant qu'on constate que le monde agricole est tenté par le vote Front national depuis quelques années. Jean Marie Le Pen y avait fait 22% en 2002. Et un récent sondage (qui ne concerne pas QUE l'électorat agricole, mais le monde rural dans son ensemble) crédite Marine Le Pen de 41% d'intentions de vote.Et puis pour la droite, il s'agit évidemment d"essayer de conserver cet électorat traditionnel.Et donc, ils y vont tous, les uns après les autres.Mais il y a quand même quelque chose de surrané dans ce défilé politique clientéliste qui se déroule chaque année. Personne n'est dupe du fait qu'ils viennent tous là faire leur marché électoral. Et ça donne l'impression que tous nos leaders d'opinion fonctionnent encore avec un logiciel du passé, qui dit qu'il faut serrer des mains pour récolter des voix.Pendant ce temps là, ce qu'on voit croître, d'élection en élection, c'est l'abstention, le poids de tous ceux qui ne votent pas...