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Sans surprise dans sa déclaration après l'assassinat d'Hervé Gourdel, François Hollande a annoncé que les frappes contre l'Etat islamique allaient continuer en Irak. Pour les autorités françaises, il était impossible d'annoncer autre chose. A New York, aux Nations Unies, devant ses pairs dont certains ont vu plusieurs de leurs concitoyens égorgés, le Président de la république ne pouvait faire marche arrière. Le message aurait été désastreux et le crédit de la France réduit à néant. La France ne peut pas céder au chantage monstrueux des djihadistes car l'inaction en Irak ne la protègerait même pas. Dans la première moitié du siècle dernier, quand des guerres opposaient des Etats constitués, ceux qui souhaitaient rester en dehors du champ de bataille le pouvaient comme la Suisse ou de l'Espagne pendant la seconde guerre mondiale. Mais aujourd'hui plus de neutralité possible dans un conflit opposant des Etats régaliens à un prétendu Etat - une bande de barbares sans foi ni loi en réalité.

Ne pas frapper Daesh ne garantirait en rien notre protection et lui céder serait même pire. Imagine-t-on un seul instant ces gens proclamer un cessez-le-feu avec la France ? Les français engagés sous le drapeau noir sortiraient-ils le drapeau blanc pour rentrer tranquillement à la maison après avoir rendu les armes comme des soldats démobilisés ?

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Non. Bien au contraire. Une brèche serait ouverte car un recul serait une victoire psychologique pour les djihadiste... Et ce sont les victoires les plus fondamentales dans un conflit.

La France va donc poursuivre sa guerre en Irak mais sa responsabilité grandit au fur et à mesure que grandit le risque d'avoir de nouveaux otages ou des attentats en France. Plus que jamais le pouvoir doit expliquer où mène cette guerre et comment il compte protéger le territoire, comment il compte éviter de nouveaux cafouillages comme le retour lamentable de 3 djihadistes présumés revenus tranquillement de Turquie à la maison.

L'opposition devra se retenir de toute polémique politicienne sur ces sujets pour enfoncer un peu plus François Hollande et les républicains, tous les républicains doivent éviter de nouvelles tensions entre musulmans et non-musulmans. Les autorités religieuses, chrétiennes juives et bien sûr musulmanes doivent aussi s'impliquer fortement pour expliquer que Daesh n'est pas l'islam. Nous évoquions hier l'absence de but de guerre et de stratégie lisible : quel futur Irak, quelle place pour l'Iran et la Russie, quel attitude face à la Syrie ? On pourrait désormais ajouter l'Algérie où Hervé Gourdel a été assassiné. Elle a connu la guerre civile dans les années 90 et nous rappelle que Daesh et les mouvements similaires ont tué infiniment plus d'habitants dans les pays où ils sont nés que d'occidentaux. Les djihadistes ont tué plus infiniment plus d'irakiens, de syriens, d'arabes, de kurdes (qu'ils soient musulmans ou chrétiens) que d'occidentaux chrétiens juifs ou athées… Pour eux aussi, la France ne pouvait pas céder.