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A deux semaines du premier tour des élections régionales, la campagne électorale reprend doucement ses droits, mais sur une toute autre tonalité...

Un bureau de vote
Un bureau de vote
- C. Fourest

Dix jours après les attentats, ce ne sont pas les thématiques régionales qu'abordent les candidats sur le terrain. Les électeurs n'ont pas envie qu'on leur parle de formation professionnelle, d'aide à l'implantation des entreprises ou d'aménagement du territoire. Non, ce sont les thèmes de la sécurité, de l'immigration, de l'islamisme radical qui dominent les interrogations et les débats. Autant de questions pour lesquelles les régions, en tant que collectivités territoriales, n'ont aucune compétence ou presque.C'est donc à une campagne eletorale en complet décalage avec son objet à laquelle nous assistons et à laquelle nous allons assister pendant ces deux prochaines semaines...C'est un peu comme si un marchand de fleurs, pour vous vendre ses bouquets, vous vantait les mérites d'un autobronzant. "Mais de quoi me parle-t-il ?" vous diriez-vous en temps normal...Seulement, nous sommes très éloignés d'une situation qu'on pourrait qualifier de "normale". Le traumatisme engendré par les attaques terroristes au sein de la population est très profond et nos responsables politiques ne peuvent décemment pas ne pas en tenir compte...Pour le Front National, pas besoin d'en rajouter. "Les faits parlent pour lui", nous expliquait avec raison le politologue Pascal Perrineau, hier soir, dans l'émission "Dimanche et après" sur France Culture. Il n'a qu'à "se laisser porter" comme un surfeur sur la vague qu'il a réussie à enfourcher... Et le sondage IPSOS pour Radio France sur la région PACA dont nous avons eu connaissance, hier soir, semble accréditer cette thèse. Il donne potentiellement 3 points de plus qu'avant les attentats à la candidate frontiste, Marion Maréchal Le Pen...Ceci-dit, nous ne le répéterons jamais assez. Méfions-nous des sondages. Une photographie à l'instant "T" ne préjuge jamais d'un résultat. Les enquêtes d'opinion n'ont de valeur que sur les tendances qu'elles permettent de dégager à moyen et à long terme...Pour autant, il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour deviner que le FN ne pâtira pas de ce qui vient de se passer...Le Parti Socialiste, non plus, estime qu'il n'a pas vraiment besoin de faire campagne. Ses candidats espèrent profiter du regain de popularité de François Hollande suite au virage très sécuritaire qu'il a emprunté et qui semble approuvé par une large majorité de la population...La consigne est donc : Profil bas. Les meetings sont annulés. Et la campagne reprendra le plus tard possible. Après l'hommage national qui sera rendu aux victimes, vendredi...Et puis le PS espère également profiter d'un sursaut de mobilisation de son electorat et d'un vote légitimiste à gauche en faveur de ses candidats...Et au bout du compte, c'est la droite qui est le plus gêné dans cette affaire. La droite dont l'espace politique se retrouve amputé par la triangulation sécuritaire effectuée par le président de la République.François Hollande lui a ravi les solutions qu'elle préconisait. Et du coup, elle ne peut pas ne pas approuver. Mais, de fait, se retrouve coincée entre un bloc de gauche ragaillardi et un Front National plus gonflé que jamais...Alors toute la question, maintenant, est de savoir si cette configuration politique nouvelle, façonnée par les attentats, aura ou non une traduction sur le plan électoral ?...C'est peu probable. Ou alors ce sera à la marge... Les attentats en début d'année contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher n'ont pas eu d'effet sur les élections départementales deux mois plus tard. Pas plus que les attaques de Mohammed Merah, en 2012, sur la présidentielle...Et ces nouveaux attentats terroristes, aussi violents et traumatisants qu'ils soient, ne vont pas modifier la perception qu'ont les français de ce scrutin régional. Ils savent que ce sont des elections intermédiaires, des élections locales, qui ne changeront pas grand chose dans la politique conduite par François Hollande et l'actuel gouvernement...Et c'est cette logique qui devrait s'appliquer dans la manière qu'ils auront d'aller voter. Ne nous trompons pas de scrutin. Ces régionales ne ne sont pas des élections nationales...

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