France Culture
France Culture
Publicité

Jean-Marc Ayrault et François Fillon sont tous deux sortis essorés de leur passage à Matignon. Discrets, pudiques, ils ont dû quitter leur poste la tête basse, après avoir chacun perdu quasiment toutes les élections intermédiaires. Mais méfiez-vous de ces anciens premier ministres trop bien élevés pour ne pas être un peu orgueilleux.

François Fillon
François Fillon
© Reuters - Christian Hartmann

Dans deux styles différents, ils reviennent en ce moment sur le devant de la scène. L’un avec un livre-programme, l’autre à coups d’amendements dans le débat budgétaire. Il s’agit pour eux de réhabiliter leur bilan. De grappiller quelques points - si ce n’est dans les sondages, du moins dans la mémoire collective… Si "invoquer la postérité, c’est faire un discours aux asticots", alors les bestioles n’ont qu’à bien se tenir. Jean-Marc Ayrault revient avec son projet de grande réforme fiscale . Annoncée lorsqu'il était premier ministre de François Hollande en novembre 2013, il n’avait jamais pu l'initier. L’examen du budget 2016, qui commence ce mardi dans l'hémicyle, est l’occasion pour celui qui est redevenu député de remettre l’ouvrage sur le métier. Ayrault propose un amendement dont on vous épargnera à cette heure-ci les contours techniques... Disons simplement qu’il crée un impôt sur le revenu unique, avec une CSG progressive. Evidemment, dans son style sage et souvent rigide, cela ne fait pas de vague, mais l’amendement est d’ores et déjà soutenu par 130 députés socialistes, 5 fois plus que les amendements déposés par les frondeurs. Voilà pour le discret pied-de-nez de Jean-Marc Ayrault, qui fait revenir par la fenêtre une décision qu’il n’a pas pu imposer par la porte (cette même porte que lui avait montré François Hollande).Chez François Fillon, même placidité, même rébellion bien coiffée… L'ancien premier ministre UMP tente lui aussi de repeindre le tableau de son passage à Matignon . Dans son livre* Faire* , François Fillon laisse entendre qu’il aurait voulu aller bien plus loin dans les réformes : durée de travail, dialogue social, fiscalité... sans tabous. Mais c’est Nicolas Sarkozy qui a freiné, nous dit Fillon ; au fil des lignes, et en substance, l’ancien président est décrit comme un redoutable combattant politique, certes, mais comme un président trop narcissique pour ne pas être faible, trop velléitaire pour ne pas être inconstant.**« J’aurais dû », ** voilà ce que semblent nous dire Fillon et Ayrault, tous deux aficonados autant du conditionnel passé que du futur antérieur, dans un exercice d’inventaire non-avoué. Deux démarches somme toute assez rares en politique, puisqu’elles confessent, en creux, une incapacité, une faiblesse ou une insuffisance. Un exercice qui touche vite ses limites : dans cette grande session de rattrapage, la première question des examinateurs - en l’espèce les citoyens - est assez évidente : « tout cela est très bien, mais que ne l’avez-vous fait quand vous étiez aux responsabilités ? »

Publicité