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"La réforme, pourquoi et comment ?". C'est le thème sur lequel Manuel Valls s'en est allé disserter, hier, devant les étudiants de Sciences Po, rue Saint Guillaume, à Paris...

Infirmière manifestant à Nice contre la réforme Bachelot
Infirmière manifestant à Nice contre la réforme Bachelot

Le premier ministre a, une nouvelle fois, vanté son volontarisme en la matière, fidèle à sa théorie qu'un homme politique est un conquérant et qu'il doit "toujours être en mouvement". Mais il semble, quand même, avoir mis un peu d'eau dans son vin après un an et demi d'exercice du pouvoir, à Matignon...Oooh, il est "très bien dans ses baskets" Manuel Valls, n'a "pas le sentiment d'être frustré" et il continue "d'avancer" a-t-il assuré hier. Mais "bien sûr avec des compromis, s'est-il empressé de préciser... parce qu'on ne peut pas gouverner à la schlague" (la "schlague", du verbe allemand "schlagen", qui fait référence à un chatiment disciplinaire en usage autrefois dans les armées allemandes et autrichiennes et qu'on pourrait traduire en bon français par la "bastonnade")...Bien. Pour continuer dans la métaphore militaire, il faut bien considérer que les "compromis" concédés par le premier ministre ressemblent fort à des replis stratégiques qui s'apparentent à une fuite en rase campagne devant un ennemi qu'on n'avait pas imaginé aussi puissant. Les retraits, les reculs, les renoncements, se multiplient ces derniers jours...Il était convenu notamment qu'on allait réformer la dotation globale de fonctionnement (la DGF) qui est l'argent mis à disposition par l'Etat pour faire fonctionner les collectivités locales. La réforme était devenue plus qu'urgente parce qu'il n'y a plus rien de cohérent dans la manière dont elle est distribuée...Par exemple, prenez deux communes de taille à peu près comparable, Arcueil dans le Val de Marne, 20 000 habitants et Vichy dans l'Allier, 26 000 habitants. La première, en 2014, a touché un dotation globale de fonctionnement de 3 millions 500 000 euros. La deuxième, plus de 13 millions d'euros. C'est devenu complètement aberrant. L'idée était donc qu'il fallait fixer une dotation par habitant similaire pour toutes les communes... Mais le problème, c'est qu'en réajustant comme ça un peu les choses, on allait avoir des gagnants et des perdants, des contents et des mécontents...Et du coup, le président du Sénat est monté au créneau. Ainsi que l'AMF, l'Association des Maires de France qui tient son congrès dans deux semaines, et sa petite soeur l'Association des Maires des Petites Villes de France...Résultat : "Arrêtez tout. Rangez les canons. On rentre tranquillement à la Maison". La réforme de la DGF est reportée à 2017. Ca veut dire : "On verra bien à ce moment là s'il est possible de bricoler quelque chose", ce qui parait peu probable vu qu'on sera en pleine année présidentielle... Et c'est la même chose pour la réforme des conditions d'attribution de l'allocation adulte handicapé. Reportée. Tout comme la réforme de l'allocation logement pour les étudiants. On verra plus tard. La réforme, oui. Mais pas maintenant, semblent nous dire, dans les faits, Manuel Valls et son gouvernement... La raison en est simple. A quelques semaines des élections régionales qui s'annoncent difficiles pour la majorité socialiste, tout est figé. Il ne faut pas prendre le risque de mécontenter telle ou telle catégorie de la population...Mais il n'y a pas que les régionales. C'est aussi l'approche de la présidentielle en 2017 qui paralyse l'action de l'éxécutif. François Hollande est déjà en précampagne... C'est d'ailleurs ce qui fait dire à l'historien Michel Winock (qui vient de remettre un rapport sur la réforme des institutions) que le quinquennat a gangréné le système, que désormais, les grandes réformes, on ne peut les faire que dans un délai de 6 mois après l'élection présidentielle. Ensuite, eh bien, compte tenu d'une impopularité galopante, et parce qu'il faut déjà préparer la prochaine échéance, on gère les affaires courantes, tout est figé pendant 4 ans et demi... Un "mandat de 7 ans non-renouvelable" pourrait être une solution nous dit Michel Winock. Ah bah oui, mais là, Il faudrait réformer les institutions. Et pour ça, la consitution prévoit qu'il faut une majorité de 3/5ème des députés et des sénateurs réunis en congrès, à Versailles. Il faudrait donc que la majorité se mette d'accord avec une partie de l'opposition... Ah non mais là, c'est pas possible. On verra plus tard. Après. Après les élections...

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Stéphane Robert
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