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Il suffirait, peut-être, de planter des arbres pour réduire le vote Front national...

Champs de blé  à Mérigny (36)
Champs de blé à Mérigny (36)

Bon, c'est un peu caricatural. Mais en extrapolant un peu, c'est la conclusion à laquelle on pourrait arriver, après avoir consulter le livre que vient de publier le démographe, Hervé Le Bras...Cet ouvrage, qui vient de paraitre aux Editions Autrement, s'intitule "le Pari du FN". Et il dresse un inventaire géographique du vote Front National, en France. Un vote d'une "immobilité géographique frappante" explique Hervé Le Bras...Premières constatations : le FN chasse en plaine... Exemple avec la Vallée de la Garonne ou le couloir Rhodanien, la forte présence du vote frontiste épouse parfaitement le relief géographique. Dès qu'on grimpe au dessus des 250 mètres d'altitude, il s'effondre...Ensuite, partant du constat que le FN est également très présent dans le Nord et dans l'Est de la France et qu'il rencontre une forte résistance dans les régions Ouest (en particulier en Bretagne Pays de la Loire), le démographe rentre un peu plus dans les détails...Il nous rappelle d'abord le constat qu'avait dressé l'historien Marc Bloch sur les structures de voisinage très différentes entre ces régions, le Nord et l'Est d'un côté, l'Ouest de l'autre. En raison des pratiques agraires dûes au relief géographique...Dans le Nord et dans l'Est, on a de grandes étendues, sans obstacles. L'agriculture s'y est développée sous la forme de champs ouverts (sans haie pour résumé).L'habitat lui s'est regroupé en petites agglomérations. A l'époque, pour cultiver ces champs immenses, on faisait appel au voisinage. Et donc les gens passaient leur journée ensemble pour travailler. Et le soir, chacun se réfugiait chez soi. On ne voulait plus voir personne...C'était très différent dans l'Ouest ou les agriculteurs cultivaient de petites parcelles. Le soir, une fois le labeur terminé, ils cherchaient à se sociabiliser...Aujourd'hui, avec l'évolution de notre société, la disparition progressive de l'agriculture. Tout a changé...Au Nord et à l'Est, dans les petites agglomérations, les commerces de proximité ont disparu. Les habitants sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler loin de chez eux. Mais quand ils rentrent le soir, comme par le passé, chacun reste chez soi. Et petit à petit, c'est toute la vie sociale qui s'est destructurée...Ce qui n'est pas le cas, ou beaucoup moins, à l'Ouest où les pratiques de sociabilisation, une fois la nuit tombée, ont perduré. Et c'est ce qui expliquerait cette forte résistance au vote Front National... Une perte de sociabilisation. C'est à cette même conclusion qu'arrive Hervé Le Bras quand il s'intéresse au vote frontiste dans les villes et autour des villes. Dans les centres-villes, le FN est quasi absent. Mais il progresse au fur et à mesure qu'on s'éloigne vers la périphérie... D'ailleurs il constate, au passage, que ce n'est pas là où sont implantées les populations immigrées que le vote Front National est le plus fort. C'est au delà, plus loin vers la périphérie. Là où il n'y a pas, ou presque pas de personnes d'origine étrangère. Si on vote FN, ça n'est donc pas parce qu'on cotoie l'immigré mais c'est parce qu'on a peur de l'immigré qu'on ne cotoie pas...La peur d'ailleurs est l'essence même du vote frontiste, nous dit Hervé le Bras. La peur notamment de la précarité. C'est là où elle est la plus forte que le vote Front National est le plus présent...L'électeur frontiste, globalement, vit dans un environnement précaire et a peur de tomber encore plus bas...Et il fait un pari, nous dit Hervé Le Bras. D'ou le titre du livre : "le Pari du FN". Il fait un pari comme on prendrait un ticket de loto... Avec ce vote, peut-être, peut-etre que son avenir a une chance de s'améliorer.il n'y croit pas beaucoup, mais de toute façon, s'il ne vote pas, il est sûr que ça ne changera pas. Son avenir apparait comme une morne plaine. Là précisément où chasse le FN...

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