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Ca va passer comme une lettre à la Poste, aujourd'hui, à l'Assemblée Nationale...Les députés votent la première partie du budget 2016 avant de commencer à examiner ce soir le budget prévisionnel de la sécurité sociale. Et il ne va rien se passer ou presque. Si ce n'est que le texte sera validé, sans enthousiasme, mais sans éclats de voix...

Wayang Kulit Siam théâtre d'ombres
Wayang Kulit Siam théâtre d'ombres

Il y a bien eu quelques joutes verbales lors des discussions la semaine dernière.A droite, Nathalie Kosciusko Morizet a parlé "d'écran de fumée" tandis qu'Hervé Mariton a expliqué qu'il fallait une nécessaire simplification en instaurant un "impôt à taux unique" désigné par l'appellation très anglo-saxone de "flat tax". Au bout du compte, rien de bien méchant...Mais c'est à gauche que cette atonie de la contestation est la plus spectaculaire. Il y a tout juste un an, les députés frondeurs n'en finissaient plus de critiquer un budget qui faisait la part belle aux entreprises et n'avait rien de gauche. Ils tempétaient, éructaient, vociféraient, aussi fort qu'ils le pouvaient, à l'intérieur comme en dehors de l'hémicycle. Et promettaient que "Nom de Nom, ça n'allait pas se passer comme ça". Au final, ils s'étaient abstenus et le budget avait été adopté d'extrème justesse 266 voix contre 247...Un an plus tard : Rien. Fini. Terminé... Et pourtant, à la fin du mois de juillet, le bureau national du PS avait voté, à la quasi unanimité, la réorientation du pacte de responsabilité. Il s'agissait, promettait ce texte, de récupérer dans le budget 2016 une partie des aides accordées aux entreprises pour les redistribuer en direction des ménages. "Allez quoi, Monsieur Le Président, on est socialistes ou on l'est pas?"...Mais ni le président, ni le gouvernement, n'ont changé quoique ce soit. Et ça n'a pas réveillé la fronde pour autant. Au contraire, elle semble s'être endormie. Et à l'Assemblée, c'est le calme plat. Un peu comme si le processus législatif était entré dans une sorte d'oeil du cyclone alors que tout autour les éléments se déchainent...Tout ça est dû aux élections régionales qui approchent à grands pas (c'est dans moins de deux mois). Mais aussi aux primaires à droite prévues en novembre 2016. Avec en perspective la présidentielle en 2017. L'explication de tout ça est qu'une logique électorale est en train de s'installer dans la vie politique française. Un peu comme si une Mary Poppins politique venait faire le ménage et rangeait, comme par magie, le désordre occasionné par les enfants...Le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, a quand même pris le soin d'une mise en garde, il y a quelques jours, au cas où : "Attention. La question des investitures en 2017 pourrait se poser" en cas de contestation...Mais il n'avait pas besoin de le faire. Tous avaient compris avant qu'on ne leur dise. Pas besoin de faire un dessin... "on ne peut pas avoir deux débats en même temps, explique Jean Marc Germain, député proche de Martine Aubry. Un sur la différence entre la gauche et les frondeurs et un autre sur la différence entre la gauche et la droite" dans la perspective des élections...Logique électorale, donc, qui recouvre tout, comme une chappe de plomb. Et qui devrait même s'appliquer aux écologistes puisque Cecile Duflot a laissé entendre qu'il y aurait vraisemblablement un rassemblement avec le PS entre les deux tours, en décembre...En fait, cette logique électorale n'arrive pas comme ça, subrepticement, à l'approche des échéances. En réalité, elle a toujours été à l'oeuvre.Les frondeurs n'ont pas voté contre le budget l'année dernière, ils se sont abstenus. Et sur la loi Macron, quand Manuel Valls a décidé d'utiliser le 49.3, ils n'ont jamais envisagé de voter la motion de censure. Ca aurait été suicidaire, ça aurait provoqué des élections anticipées...Tout ça montre que la fronde n'aura été, au bout du compte, qu'une tempête dans un verre d'eau. Et donne, malheureusement, l'image d'un débat public qui n'est qu'un grand théatre d'ombres, une grande récréation...

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Stéphane Robert
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