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A droite toute ! "La France est un pays de race blanche". Elle persiste, Nadine Morano. Elle maintient, elle réaffirme. "Bien sûr que c'est vrai, c'est le général de Gaulle qui l'a dit"...

France's member of the European Parliament Nadine Morano.
France's member of the European Parliament Nadine Morano.
© Reuters - Gonzalo Fuentes

Enfin... c'est Alain Peyrefitte qui a dit que le Général de Gaulle avait dit que... Mais peu importe. Elle n'en démord pas. Malgré l'énorme pression qu'ont fait peser sur elle Nicolas Sarkozy et ses lieutenants, ces derniers jours, hors de question de retirer ses propos ou de s'excuser. "Et puis quoi encore". Elle est en phase avec l'électorat. Elle a reçu, dit-elle, des milliers de lettres de soutien... C'est elle la nouvelle "passionaria" de la droite républicaine. Ce serait même elle "le dernier rempart face au Front National" de Marine Le Pen. "Mais enfin quoi, Nicolas, réveille-toi. C'est bien toi qui avait parlé de "fuite d'eau" à propos des migrants ?!!"... Seulement Nicolas Sarkozy n'a pas eu le choix. Il a été contraint de retirer son investiture aux élections régionales, en Meurthe et Moselle, à Nadine Morano. Il n'a pas eu le choix parce que l'alliance de la droite et du centre dans la région Grand Est menaçait d'exploser. Toutes les têtes de liste promettaient de rendre leur investiture... Au delà de ça, c'est peut être même l'alliance de la droite et du centre au niveau national qui était compromise. Le président de l'UDI, Jean Christophe Lagarde, avait traité Morano de "porte parole du Ku Klux Klan"...Et même au sein de "Les Républicains", ils sont un grand nombre à avoir condamné les propos de Morano...Nicolas Sarkozy, la mort dans l'âme, était donc dans l'obligation, en tant que président du parti, pour maintenir l'unité de sa famille politique, de sanctionner son ancienne ministre...Pour lui, le problème n'est pas seulement qu'elle a maladroitement copié sa stratégie en direction des électeurs du Front National. Le problème de cette affaire Morano va bien plus loin que ça. Il révèle, il illustre, une fracture idéologique profonde au sein de la droite dite républicaine... Pour essayer de comprendre, penchons-nous sur l'hypothèse, assez intéressante, du professeur en sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures, Guillaume Bernard, quand il parle de l'avènement d'un mouvement "dextrogyre" au sein de la vie politique française (apparu face à un mouvement sinistrogyre)...Je ne rentre pas dans les détails. Mais en gros, ce qu'il dit, c'est que jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989, les idées politiques naissaient à gauche et se déplaçaient vers la droite au fil des générations. Que ça s'est arrêté avec la fin du communisme. Que l'anti-communisme primaire qui nourrissait idéologiquement la droite jusqu'ici a été remplacé par un anti-islamisme, en particulier à partir du 11 septembre 2001. Et que c'est désormais... cette revendication identitaire qui irrigue le débat politique en France. De la droite vers la gauche. Mouvement "dextrogyre" donc...Face à cette évolution, Nicolas Sarkozy a su, dans un premier temps, incarner ce courant ethno-autoritaire grandissant au sein d'une partie de la population. Pour le dire simplement, il a réussi à syphonner les potentiels électeurs du Front National et à se faire élire président en 2007...Mais aujourd'hui, c'est terminé, il n'est plus crédible. C'est la raison pour laquelle le FN est si haut dans les enquêtes d'opinion. Contrairement à 2007 où il ne dépassait pas les 11%.Ca ne l'empêche pas, Sarkozy, de continuer dans la même direction. Forcément, il sait que cette revendication ethnique et autoritaire n'a pas faibli à droite. Au contraire. Ils sont de plus en plus nombreux à s'en prévaloir. Et la crise migratoire que l'on connait actuellement ne va pas ralentir le phénomène...Seulement la question est : ces électeurs là ne sont-ils pas définitivement perdus pour la droite et acquis au Front National ?C'est le pari que fait Alain Juppé. Ca n'était jusqu'ici, apparemment pas, celui que faisait Nicolas Sarkozy. Mais là, pour le moment, il a été contraint, malgré lui, de se recentrer. Contrairement à Nadine Morano qui, elle, s'est laissée complètement aspirer...

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Stéphane Robert
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