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Quand il a pris la tête de son parti, il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy s’est présenté en rassembleur, en garant de l’unité après la guerre Copé-Fillon, quasiment en agent d’ambiance de la droite française. Concessions, débats et courbettes à ses rivaux, il allait mettre fin à la guerre des égos, réinstaurer le travail collectif, bref, on était à deux doigts de l’AG étudiante, pas loin de l’autogestion. Or les militants qui croyaient avoir élu un G.O se retrouvent avec un sergent-chef.
Ce n’est pas tout à fait une surprise : fini la période du cirage, de la pommade, place maintenant à la phase 2 de la conquête : le verrouillage du parti.** Au revoir Nathalie Kosciusko-Morizet** , la numéro 2, qui a l'outrecuidance de vouloir penser par elle-même, son sort est scellé pour après les régionales. Verrouillage des listes pour mêmes régionales : « soit vous acceptez soit vous dégagez » : voilà ce qu'a dit Nicolas Sarkozy à huis clos à Dominique Reynié, il y a une semaine. La scène est racontée par Libération. Le malheureux candidat Les Républicains en Midi-Pyréennées-Languedoc-Roussillon avait eu l’impudence de vouloir composer sa liste lui meme. Alors ça c’est en interne, loin des caméras. En public, Nicolas Sarkozy veut donner le change : pas un mot plus haut que l’autre contre ses concurrents, il s’agit de conserver son avantage comparatif : la stature d'ancien chef de l’Etat, au-dessus des partis, préoccupé par la France, bien sûr, et pas par la cuisine interne.« vous avez vu comme je suis calme maintenant, un vrai toutou » , comme il s'est défini lui-même face à des lecteurs du Parisien. Il est vrai que le chien et le cynisme ont la même étymologie.Ouvert, tolérant, le "toutou" Sarkozy s’est ostensiblement félicité des applaudissements pour François Hollande au Parlement européen, après sa réponse ferme à Marine Le Pen. Il n'a pas hésité à retirer l'investiture de Nadine Morano , malgré les remous auprès de la base militante. Sarkozy est convaincu que le second tour en 2017 l’opposera au FN, il veut pouvoir en appeler aux voix de gauche et doit donc éviter tout dérapage.Verrouilleur en interne donc, séducteur en externe, remake de Georges Marchais à huis-clos, de René Coty en public, celui qui rêve de revenir à l'Elysée tient de Janus. Ce double visage s'illustre sur la question de la primaire, qui doit départager les candidats de la droite et du centre à l'automne 2016. Officiellement, tout va bien. En interne, les sarkozystes font tout pour rabougrir ce scrutin. Le calcul est simple : plus la primaire sera ouverte, plus Alain Juppé en profitera, lui qui mord au centre-droit voire au centre-gauche. L'équipe Sarkozy est donc en train de chercher à réduire le nombre de bureaux de votes. Que retenir de tout cela ? Verrouillage à tous les étages, parti transformé en machine de guerre financière, logistique et militante avant la grande course qui s'annonce pour la présidentielle. Le calcul, moral ou pas, est-il efficace ? On peut en douter, au vu des précédents.François Hollande n’a pris son envol qu’au moment où il a renoncé à la gestion de la boutique socialiste ; Jacques Chirac n’a triomphé que lorsqu’une bonne partie de ses soutiens s'en sont allés chez Edouard Balladur, Jean-Marie Le Pen n’a jamais été aussi haut qu’après l’exode massif de cadres derrière Bruno Megret.

Bref, l’appareil politique, c’est comme une armure, idéal pour parer les coups, plus compliqué pour courir le 100 mètres.

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