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S'il fallait désigner nommément quelqu'un, comme ça, à brûle pourpoint, je dirai Manuel Valls...

Manuel Valls et François Hollande,
Manuel Valls et François Hollande,
© Reuters - Philippe Wojazer

Le premier ministre, manifestement, a très peur du Front National. Il est "aux portes du pouvoir" déclarait-il avec emphase et gravité, en septembre l'année dernière.En conséquence de quoi, mesdames et messieurs, attention, l'heure est grave, "la gauche peut mourir". Dans une dramatisation à outrance, Manuel Valls nous dit là que la bête est tapie dans l'ombre prête à dévorer toute une partie du peuple français qui se revendique encore de gauche... On est à l'heure du grand frisson politico-médiatico-intellectuel, résumé en ces quelques mots par le député Malek Boutih, il y a quelques jours : "En l'état actuel des choses, je ne vois pas comment Marine le Pen ne gagne pas la présidentielle en 2017"...Revenons un peu sur terre. Avec ce livre qui vient de paraitre aux éditions "Sciences Po". Un ouvrage élaboré par une trentaine de chercheurs, sous la direction de trois d'entre eux : Sylvain Crépon, Nonna Mayer et Alexandre Dézé. Et qui s'intitule "les faux-semblants du Front National" (sous-titré "sociologie d'un parti politique")...Ils partent tous de ce constat, unanime, que oui, effectivement, le vote FN progresse au sein de la population française...Mais pour essayer d'en savoir un peu plus, ils se sont posés ces questions : Où ? Quand ? Comment ? Qui ? Pourquoi ?...Et ils ont mis en oeuvre tous les outils scientifiques dont ils disposaient pour essayer d'y répondre. A savoir du temps, leur cervelle et une méthodologie...Par exemple : Ils se sont penchés sur le vote de la communauté musulmane, notament dans les quartiers Nord de Marseille, là où précisément un candidat FN a été élu maire, Stéphane Ravier (ce qui a fait dire à un certain nombre de commentateurs que les cités, et qu'une partie des musulmans, commençaient à voter pour l'extrème droite)...Bien. Qu'en est-il ?Vous savez qu'on ne dispose pas de statistiques ethniques en France. Il a donc fallu contourner le problème... Ils ont scrupuleusement étudié les votes, dans ces quartiers, en partant du fait que 60% des personnes d'ascendance maghrébine se déclarent musulmanes, et en examinant, bureau de vote par bureau de vote, le score du candidat frontiste, en fonction de la proportion de prénoms à consonnance maghrébine. Les courbes et les graphiques obtenus sont un peu difficiles à vous expliquer en quelques mots. Mais le résultat est sans appel...il reste une digue étanche, infranchissable, entre l'électorat de confession musulmane et le FN... L'étude menée sur la communauté juive, notamment à Sarcelles, montre au contraire qu'une partie de cet électorat se montre réceptif au discours de marine Le Pen, même si ça reste dans de petites proportions...On peut y voir, là, les effets de la dédiabolisation, qui a été explicitée en ces termes par Louis Alliot, le compagnon de Marine le Pen : "La dédiabolisation du FN ne porte que sur l'antisémitisme"...Cet ouvrage, "les faux semblants du Front National"; montre également qu'il n'y a pas de transfert entre un électorat populaire et ouvrier qui, hier, votait à gauche et qui voterait aujourd'hui Front National.Les classes populaires qui votent aujourd'hui pour le Front National sont politiquement peu identifiées. Eet ce ne sont pas les plus pauvres, les plus précaires, explique Nonna Mayer. Non, ce sont ceux qui sont juste au dessus du seuil de précarité et qui ont peur d'y tomber. Bref, ceux qui ont un petit quelque chose et qui ont peur de le perdre...Et en celà, rien de nouveau, c'est un électorat typique du FN. Car l'un des grands ressort du vote en faveur de Marine Le Pen reste la peur du déclassement...L'autre grand ressort, c'est le vote identitaire. La peur de l'étranger, de l'arabe, du musulman. D'ailleur, il n'y a qu'à se rendre dans les meetings de Marine Le Pen pour s'en rendre compte. Dès qu'elle aborde les questions d'immigration, tout le monde se lève et chante à l'unisson : "On est chez nous... on est chez nous". C'est assez impressionnant, il faut bien l'avouer...En conclusion, on peut dire que le FN reste avant tout un parti anti-système, qui prospère au sein d'une partie seulement de l'électorat. Et qu'il reste un plafond de verre encore infranchissable.Il reste identifié par des valeurs inégalitaires et anti-constitutionnelles. Et qui, de ce fait, n'apparait pas en mesure d'exercer le pouvoir.Et on peut, dès lors, imaginer que s'il fait de gros scores aux élections régionales à venir (notamment du fait de l'abstention), une victoire à la présidentielle pour Marine Le Pen dans un an et demi relève encore, aujourd'hui, de l'utopie.Bref, nous disent tous ces chercheurs, le Front National n'est pas aux portes du pouvoir...

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