L'Assemblée et le Sénat ont voté en faveur du déploiement de l'appli "StopCovid", présentée par Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé du Numérique. ©AFP - Ludovic Marin
L'Assemblée et le Sénat ont voté en faveur du déploiement de l'appli "StopCovid", présentée par Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé du Numérique. ©AFP - Ludovic Marin
L'Assemblée et le Sénat ont voté en faveur du déploiement de l'appli "StopCovid", présentée par Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé du Numérique. ©AFP - Ludovic Marin
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Résumé

L’application pour mobile "StopCovid" est lancée aujourd’hui par le gouvernement. Mérite-t-elle ces polémiques enflammées à son sujet ?

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Quel tumulte, quel enchaînement de polémiques, quel déchaînement de passions, ces dernières semaines, à propos de cette appli pour smartphone, "StopCovid", vouée à tracer les chaînes de contamination.

La polémique, en soi, n’est pas un concept négatif ; elle permet de fixer le débat public, de faire émerger des craintes, d’obliger les responsables à se positionner.

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En l’espèce, sur le fond, le gouvernement a opté pour une solution technique peu intrusive dans la vie privée et peu dépendante des GAFA, par rapport au choix d’autres pays.

Rappelons-le, l’appli publique française utilise les ondes bluetooth, elle anonymise les appareils et ne géolocalise pas leurs utilisateurs.

Mais cette prudence des autorités françaises ne s’explique pas par une philanthropie intrinsèque ; elle se comprend justement à l’aune des préoccupations de la société, pour sa vie privée.

En somme, le curseur choisi par le gouvernement entre, d'une part, efficacité médicale et, d'autre part, protection des données privées, eh bien ce curseur est aussi lié à la pression publique mise sur cet outil. 

Les débats politiques ont d’ailleurs été rugueux…

Oui, avec des reproches parfois contradictoires de la part de l’opposition : cette appli serait inefficace car trop superficielle ; ou au contraire elle serait dangereuse car trop intrusive.

Les uns ont hurlé à l’amateurisme ; les autres au totalitarisme.

Et voici qu'à la tribune de l’Assemblée, défilèrent toute une collection de références littéraires, d’Orwell à Aldous Huxley, pour exprimer l’effroi face à "l’hiver démocratique" qui s’annonçait.  

Un exercice de style plaisant à suivre, mais manifestement trop préparé à l’avance. Et qui n’avait parfois aucun rapport avec la réalité toute bête de cette application.

Jean-Luc Mélenchon, par exemple, n’a pas résisté à la tentation de l’éclat théâtral : dans son discours, le chef de file des Insoumis a demandé à ses contacts qui utiliseraient l’appli, d’effacer son nom, afin qu’il ne soit pas retenu dans les fichiers.

Habile tirade, sauf que : cette appli ne fonctionne pas avec les contacts du répertoire.

D’ailleurs, si c’était le cas, elle serait parfaitement inutile dans le métro ou dans le bus ; sauf à ce que vous ayez pour habitude de demander le 06 de l’ensemble du compartiment.

Votre hypothèse, c’est que l’on en a trop fait sur cette application…

Oui, elle n’est ni complètement inutile, ni totalement omnisciente.

Elle est un outil, parmi d’autres, dont les limites techniques sont nombreuses, l’efficacité incertaine, mais le potentiel intéressant.

Personne n’est obligé de la télécharger, personne n’est empêché d’y croire.

A en examiner les caractéristiques, elle ressemble en fait à un frêle outil, précédé d’une polémique bien trop épaisse pour lui.  

Cette application "StopCovid" rejoindra-t-elle le cimetière bien rempli des controverses nationales à date de péremption rapide ?

Frédéric Says

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