Donald Trump, le 7 novembre 2016.
Donald Trump, le 7 novembre 2016.
Donald Trump, le 7 novembre 2016. ©AFP - Jeff Kowalsky
Donald Trump, le 7 novembre 2016. ©AFP - Jeff Kowalsky
Donald Trump, le 7 novembre 2016. ©AFP - Jeff Kowalsky
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Résumé

Même si Hillary Clinton remporte l’élection la nuit prochaine, le principal enseignement ne sera pas qu’elle a gagné. Mais qu’elle a gagné de peu, sans avance confortable, malgré le déluge de déclarations outrancières de son adversaire. Cela veut dire quelque chose.

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Quel que soit le vainqueur, la campagne aura de toute façon changé le pays. Elle en aura révélé une part sombre. Même si Hillary Clinton remporte l’élection la nuit prochaine, le principal enseignement ne sera pas qu’elle a gagné mais qu’elle a gagné de peu, sans avance confortable, sans certitudes à la veille du scrutin, malgré le déluge de déclarations outrancières de son adversaire. Et cela veut dire quelque chose.

Le chercheur Mathew MacWilliams a montré que le trait sociologique le plus prédictif pour identifier un électeur de Donald Trump n’était pas, contrairement à ce qu’on pense, le revenu, la religion, l’appartenance ethnique, ni même le niveau de diplôme. Non, le trait le plus prédictif est le rapport à l’autorité. Peu importe la classe sociale, plus vous mettez en avant l'autorité, plus vous êtes fidèle au vote Trump. La corrélation statistique est éclatante.

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D’où un éloge permanent de "l’homme fort" par Donald Trump dans cette campagne. Ce qui l’a même amené à dire du bien de feu Saddam Hussein :

Trump / Saddam - Billet politique 1

9 sec

("Saddam Hussein était un mauvais type... mais il tuait des terroristes, et il le faisait bien")

Le candidat républicain a aussi fait l'éloge de Vladimir Poutine, qualifié de "strong guy". Il a même trouvé des qualités à Kim Jong-un, le très démocrate dictateur Nord-Coréen.

En France, le scrutin présidentiel dans six mois dira ce qu’il en est vraiment. Mais une enquête parue hier dans Le Monde dresse un état des lieux inquiétant : un Français sur trois estime que la démocratie n’est pas forcément le meilleur système . Cette opinion a progressé de 8 points en deux ans, date de la dernière étude du même genre.

Plus interpellant encore, selon cette enquête (édition abonnés) menée par Ipsos pour Le Monde, Sciences Po et l'Institut Montaigne, 20 % des sondés - un sur 5 - plaident pour un régime autoritaire.

A première vue, demander aux citoyens s’ils sont pour un régime qui restreint leurs libertés, c’est comme demander à une dinde si elle est pour Noël. Et pourtant, il y a bel et bien cette tentation, dans une fraction non négligeable de la population. Encore faut-il s'entendre sur la notion d'autoritarisme. Ce n'est pas forcément une dictature instaurée du jour au lendemain. L'évolution est beaucoup plus subreptice que cela.

Prenez par exemple le recours aux "ordonnances", notamment défendu par Jean-François Copé. Les ordonnances permettent de légiférer en dessaisissant le parlement ; en plaçant l’élaboration de la loi dans les mains présidentielles. Il y a l'idée qu'un homme fort ne doit pas s’embarrasser avec les contre-pouvoirs. Pire, que ce sont même eux les responsables de nos atermoiements.

Même logique avec l’appel au référendum, proposé entre autres par Nicolas Sarkozy, pour contourner l’appareil législatif. Il en va de même de la dénonciation des corps intermédiaires qui, comme leur nom l’indiquent, obstrueraient le rapport direct entre le peuple et l’homme providentiel.

Parmi les intermédiaires entre le pouvoir politique et le peuple, évoquons aussi les médias, dont Donald Trump a fait l'une de ses cibles : la presse est accusée de fausser le rapport direct entre le chef et les citoyens.

Cette rhétorique, aux États-Unis, comme en France imprègne le fond des discours, mais aussi leur forme, leur tonalité. Il suffit d'observer les t-shirts arborés par certains fans de Donald Trump. On y voit la photo du candidat, longue tignasse blonde et ce slogan : "finally someone with balls". "Enfin quelqu'un avec des..."

Une exaltation des attributs virils dont Donald Trump n'a pas l'apanage. En France, Bruno Le Maire avait donné dans le même registre :

Bruno Le Maire et ceux qui n'ont pas de... - billet politique 2

7 sec

(Bruno Le Maire avec Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV).

Alors s’acheminerait-on vers ce qu'on pourrait appeler un moment boulangiste ? Vers un désir de sauveur suprême ? Certes, cette tentation autoritaire n'est pas inédite ; par ailleurs, il est rare qu’un candidat se présente en vantant son immobilisme et sa propension invétérée à l’impuissance.

Mais cette aspiration à l’autorité renvoie aux paniques morales des sociétés occidentales. En France, les citoyens expliquent leur défiance vis-à-vis de la démocratie par trois raisons :

-des élus trop souvent corrompus

-les élections qui ne changent rien

-l’insécurité, la présence de zones de non-droit

Ce sont en tout cas les trois principaux éléments cités par les sondés dans l'enquête du Monde.

Aux États-Unis, les observateurs ont décrit la rancœur et la peur d’une classe paupérisée, obsédée par son déclin et celui de l’Amérique, désespérée que le monde lui file entre les doigts.

La démocratie occidentale serait-elle à ce point déprimée, fatiguée, qu’elle se jette dans les bras du premier bonimenteur charismatique ?

L'enquête du Monde établit tout de même d'autres aspirations contraires, comme un plus grand désir de débat, une déconcentration du pouvoir, une horizontalité citoyenne... Mais ces aspirations peinent pour l'instant à s'ancrer dans la campagne.

Si aucune alternative ne se lève, la campagne américaine risque d’être un avant-goût de celle qui nous attend ici ces six prochains mois. Une campagne qui risque de faire écho au film "La Haine", où l'homme qui est en train de chuter de 50 étages se répète que "jusqu’ici tout va bien".