Camille Froidevaux-Metterie, professeure de Sciences Politiques à l'Université de Reims, spécialiste  de l'histoire des luttes et de la pensée féministes, le 17 décembre 2018 ©Radio France - Frédéric Says
Camille Froidevaux-Metterie, professeure de Sciences Politiques à l'Université de Reims, spécialiste de l'histoire des luttes et de la pensée féministes, le 17 décembre 2018 ©Radio France - Frédéric Says
Camille Froidevaux-Metterie, professeure de Sciences Politiques à l'Université de Reims, spécialiste de l'histoire des luttes et de la pensée féministes, le 17 décembre 2018 ©Radio France - Frédéric Says
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Résumé

L'invitée du billet politique est Camille Froidevaux-Metterie, professeure de science politique à l'Université de Reims.

avec :

Camille Froidevaux-Metterie (philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne).

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Ce fut en 2018 la première année post-#metoo, avec ce qu'on a appelé la "libération de la parole". Mais est-ce que cela a changé les comportements dans le monde politique ? Selon Camille Froidevaux-Metterie, pas tellement...:

On pouvait s'y attendre, et en tout cas moi je l'espérais. Et j'ai été étonnée d'observer que finalement très peu de choses se sont passées, notamment en termes de dénonciations. Outre l'investissement courageux de Sandrine Rousseau dans l'affaire Baupin [...], classée sans suite, il y a eu deux petites affaires à l'UNEF et au MJS, mais très vite invisibilisées aussi. Je croyais, j'espérais que les choses iraient plus vite. Il y a indéniablement une prise de conscience [...], mais finalement avec peu de conséquences concrètes.

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La professeure de science politique souligne le fait que des sujets qui relevaient autrefois de l'intimité sont devenus aujourd'hui des sujets sociétaux voire politiques :

Le mouvement #metoo, qui a pu paraître comme une déflagration sortie de nulle part, s'inscrit en fait je crois dans un temps un peu plus long de politisation d'un certain nombre de sujets féministes qui ont en commun de tous se référer à la génitalité féminine : des campagnes de lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques, ou pour faire baisser le taux de TVA sur les protections hygiéniques, ou pour publiciser une maladie comme l'Endométriose... Il y a ainsi un mouvement qui émane d'une génération nouvelle de féministes qui consiste à rendre publics, et donc politiques, des sujets très intimes. Je crois qu'on vit là un vrai tournant, que j'appelle le tournant "génital" du féminisme. 

Elle évoque également la question du congé parental :

C'est un énorme sujet dans le champ féministe. Je crois que #metoo a comme conséquence tout à fait bénéfique de politiser un certain nombre de sujets féministes. La question du congé de paternité est centrale puisque c'est le levier qui permettra une réelle égalité femmes/hommes, en permettant notamment que les hommes s'impliquent davantage dans la vie familiale - et je regrette beaucoup, à ce sujet, que la directive européenne qui prévoyait un congé parental obligatoire de 4 mois rémunéré à hauteur de 50% du salaire dans tous les pays de l'Union ait été finalement jeté aux oubliettes, notamment parce que la France s'y est opposée. 

Que dire enfin de la position du gouvernement actuel face à ce mouvement ?

Je trouve que l'ensemble des mesures demeure assez timide. Certaines sont de bonnes mesures, comme l'allongement de la prescription pour les crimes sexuels sur mineurs de 20 à 30 ans, mais d'autres me paraissent vraiment anecdotiques, et même un peu à côté de la plaque, comme la pénalisation du harcèlement de rue. Je crois qu'il faut prendre les choses bien davantage en amont : des politiques publiques, l'éducation des jeunes gens à la sexualité ou plutôt à la "sexuation"... Prendre le problème des violences sexistes et sexuelles en amont, et non pas en aval quand elles se produisent, voilà quelque chose qui me paraîtrait bénéfique. 

2h 00
4 min
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Frédéric Says
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