Jusqu'ici, les candidats les plus audacieux évoquaient la "dépénalisation". Désormais, plusieurs d'entre eux plaident pour la "légalisation". ©AFP - Raul Arboleda
Jusqu'ici, les candidats les plus audacieux évoquaient la "dépénalisation". Désormais, plusieurs d'entre eux plaident pour la "légalisation". ©AFP - Raul Arboleda
Jusqu'ici, les candidats les plus audacieux évoquaient la "dépénalisation". Désormais, plusieurs d'entre eux plaident pour la "légalisation". ©AFP - Raul Arboleda
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Résumé

C'est un sujet majeur de santé publique, de sécurité, voire d’économie : 18 millions de Français ont déjà consommé du cannabis. Alors faisons le point ce matin : qu’en pensent les candidats à la présidentielle ?

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C’est une question dont vous allez entendre parler. Car les plaques tectoniques sont en train de bouger. 

En Europe d’abord : Malte s’apprête à devenir cette semaine le premier pays européen à légaliser totalement la consommation de cannabis. C’est aussi au programme du nouveau gouvernement allemand et du parlement luxembourgeois. 

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En France aussi, les lignes bougent. En témoigne cette conversion récente de François Hollande. L’ancien président est désormais favorable à la légalisation : 

“[L'interdiction] a introduit depuis des années un commerce, un trafic illégal qui a gangrené des quartiers et qui a largement perturbé la vie des habitants. Et donc j’en suis arrivé à la conclusion qu’il faut légaliser ce commerce pour mieux le contrôler, et finalement éradiquer le trafic.” (interview au média en ligne Konbini)

Le sujet du cannabis est loin d’être secondaire : 18 millions de Français disent avoir déjà fumé du cannabis. Dont presque un million en consomme quotidiennement. 

Cette question, qui porte en elle des enjeux de santé publique, de sécurité, voire d’économie, est donc éminemment politique. 

Alors : chiche pour le haschich ? Qu’en disent les candidats ? 

Ce qui est intéressant, c’est qu’elle recoupe largement le clivage gauche-droite - mais pas complètement. 

A gauche, en plus du nouveau converti François Hollande, Yannick Jadot est pour la légalisation, tout comme Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poitou. Mais Fabien Roussel et Anne Hidalgo ne la proposent pas. 

A droite, c’est évidemment niet. Cannabis est synonyme de délinquance et d’insécurité, voire de démence. Souvenez-vous de cette petite phrase de Nicolas Sarkozy au 20h de TF1 : 

“Si jamais un jour on m’avait dit que j’aurais des ennuis à cause de Kadhafi, j’aurais dit : ‘mais vous fumez monsieur !’”

Tout est dit. Rendre la fumette légale, les candidates Valérie Pécresse et Marine Le Pen y sont fortement opposées. 

Mais c’est moins clair chez Eric Zemmour, au risque de vous surprendre. J’ai retrouvé cette archive, pas si vieille, d’il y a sept mois ; il n’était pas encore candidat, et voici ce qu’il en disait sur le plateau de Cnews : 

“Vous imaginez que spontanément j’ai plutôt un tempérament répressif, et que je n’ai pas du tout que mes enfants fument du cannabis. Mais j’essaye de réfléchir en fonction des faits, des réalités. Et je me dis : ça ne marche pas, on a des chiffres terribles, il faut le reconnaître, la répression ne marche pas. Je me demande si on ne devrait pas organiser la légalisation ordonnée du cannabis” 

La légalisation au nom du réalisme. C’est aussi ce que dit François Hollande. A l’inverse de la ligne ferme imprimée par Manuel Valls durant son quinquennat. 

Emmanuel Macron, lui, semble avoir fait le chemin inverse. Aujourd’hui, il décrit la lutte contre le trafic de drogue comme “la mère des batailles”, tout comme son ministre Gérald Darmanin. 

Et pourtant, là encore, les archives sont utiles. En septembre 2016, Emmanuel Macron se prépare à être candidat. Et interrogé sur France Inter, voici sa réponse : 

“Aujourd’hui le cannabis pose un problème en effet de sécurité, de lien avec la délinquance dans les quartiers difficiles, de financement de réseaux occultes. Et donc on voit bien que la légalisation du cannabis a des intérêts de ce point de vue. Et une forme d’efficacité.  Quand on regarde d’ailleurs l’incapacité des magistrats de régler le problème d’un point de vue pénal, on voit que nous sommes dans un système très hypocrite. Donc je ne suis pas contre [la légalisation], si cette réponse provisoire peut être la mienne aujourd’hui”. 

Depuis 2017, derrière la posture répressive, il y a eu des ouvertures : le cannabis médical a été autorisé à titre d’expérimentation, les consommateurs sont désormais soumis à une amende et non plus à des poursuites pénales. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, veut même aller plus loin. 

De là à imaginer que le futur candidat Macron proposera la légalisation du cannabis il n’y a qu’un pas... 

Un pas difficile à franchir, toutefois, quand on observe la configuration politique. Les futurs concurrents du chef de l’Etat se trouvent d’abord à la droite et à l’extrême-droite. 

Proposer la légalisation, ce serait leur donner un thème de campagne inespéré sur le laxisme et la permissivité.

Ce serait, en quelque sorte, leur offrir un "go-fast" jusqu’à l’Elysée.  

Frédéric Says