Le mot "transparence" inonde les discours politiques, sans toujours être traduit dans les actes.
Le mot "transparence" inonde les discours politiques, sans toujours être traduit dans les actes.
Le mot "transparence" inonde les discours politiques, sans toujours être traduit dans les actes.  ©AFP - PM Images
Le mot "transparence" inonde les discours politiques, sans toujours être traduit dans les actes. ©AFP - PM Images
Le mot "transparence" inonde les discours politiques, sans toujours être traduit dans les actes. ©AFP - PM Images
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Résumé

Où sont passés les "cahiers de doléance" du Grand débat national ? Dans ce domaine comme dans d'autres, l'Exécutif peine à la transparence.

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Un manque de transparence : voici ce que reproche le gouvernement à l'association Anticor. Anticor ? Rien à voir avec la crise sanitaire.  

C'est une association de lutte contre la corruption, qui se porte régulièrement partie civile dans les grandes affaires, comme les sondages de l’Élysée, Dassault ou Société Générale.  

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Mais d'après l'exécutif, Anticor n'est pas assez claire sur les dons qu'elle reçoit, sur leur origine et sur leur destination. Voilà pourquoi, au nom de ce manque de transparence, le gouvernement hésite à renouveler l'agrément de cette association. Agrément qui lui est indispensable pour continuer ses actions en justice.  

Mais au sujet de cette transparence, l'exécutif est-il lui même si exemplaire ?  

Deux exemples distincts montrent qu'il y aurait une belle marge de progression, comme l'on dit pudiquement.  

Premier exemple : la transparence sur les résultats détaillés des élections municipales. Ce scrutin a eu lieu en juin dernier, et le ministère de l'Intérieur vient tout juste de rendre publics les scores des différents partis. Plus de sept mois après.

Est-ce parce que le score national de La République en Marche est particulièrement faible ? 2,2% pour les listes qui portent l'étiquette du parti présidentiel, et à peine 16% si l'on ajoute toutes les listes du centre. 

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Jusqu'ici, le ministère avait seulement communiqué les résultats ville par ville, bien sûr, ainsi que des données brutes sur tableur Excel : des milliers de lignes indéchiffrables pour le commun des mortels.  

Mais aucune traces des résultats nationaux, consolidés, ceux qui permettent de se faire une idée du rapport de force. Sur le site du ministère, on les trouve pour les scrutins de 2008 et 2014... mais pas 2020. 

Il aura fallu qu'un député de l'opposition LR, Olivier Marleix, menace de saisir les autorités administratives pour que ces scores nationaux soient dévoilés. Ils ont été publiés il y a quelques jours par Le Figaro.  

Un deuxième exemple de ce manque de transparence ?

Les cahiers de doléance. Souvenez-vous, ces cahiers remplis par les Français au cours du Grand débat national.

Qui les a vu depuis ? Deux ans après, personne ou pas grand-monde.  

Il est très difficile de se pencher sur ces pièces historiques, sur ces témoignages d'une époque. Impossible de les lire en ligne. Ils ne sont disponibles, pour la grande majorité, qu'en version physique, dans chaque département.

Si des chercheurs veulent les analyser, ils doivent donc prendre une centaine de rendez-vous, partout en France, dans les archives départementales.  

Pourtant, la libre consultation de ces cahiers de doléances avait été promise il y a deux ans, par le ministre en charge du Grand débat, Sébastien Lecornu.  

« Tout doit pouvoir être consulté par tout le monde. On veut pouvoir mettre sur la plateforme tout, en transparence ».

Alors que s'est-il passé entre temps ? Le gouvernement met en avant des raisons de coût liés à la numérisation, à l'anonymisation des doléances.

L'argument n'est pas dépourvu de sens, mais on a connu l'exécutif plus prompt à mettre en avant les concepts d'"agilité" et d'"efficience".  

« Rendez les doléances », c'est d'ailleurs le nom d'une association qui s'est créée pour pousser le gouvernement à la transparence.

Miroir

Résultats des élections, cahiers de doléance, qu'est-ce qui regroupe ces deux exemples ? 

Ce n'est pas que l'information est censurée, supprimée, biffée. Elle existe. C'est plutôt qu'elle est rendue inaccessible ou très peu accessible. Ce qui, in fine, n'est pas si différent.

Comment l'expliquer ? Est-ce parce que ces deux dossiers renvoient une image peu flatteuse au gouvernement ?  

Dans un cas, sa défaite dans les urnes ; dans l'autre, la recension écrite d'un mécontentement historique ?  

Il est parfois des miroirs que l'on préfère briser.

Attention, dès lors à ce que l'on appelle l'"effet Streisand". Le gouvernement ne peut en ignorer le principe : il n'y a pas de meilleure publicité pour une information... que quand on cherche à la cacher.  

Frédéric Says

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