France Culture
France Culture
Publicité

Interrogeons-nous ce matin sur ce que l'inflexion voulue par François Hollande vers la social-démocratie nous dit de… notre démocratie ! D’abord peut-être, en essayant de voir quels effets ont déjà eu les annonces présidentielles sur le fonctionnement des partis. Depuis 48 heures, force est de constater que ça remue, ça souffle fort ! Il y a des courants d’air !

D'abord, les plus remontés, les plus énervés par ce pacte de responsabilité d’inspiration centriste. Ils sont à la gauche de la gauche. Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer qu’eux, sont vent debout depuis mardi. Mais paradoxalement, ce sont eux qui ont le plus à gagner, à court terme, de cette situation. Les deux leaders du Front de Gauche vont se voir demain pour la première fois depuis un mois et demi, et l’épouvantail commun que leur offre François Hollande sur un plateau va leur faire au moins un sujet de conversation.

Publicité

De l'autre côté, à l’extrême droite, le Front National, lui, a déjà fait la démonstration, en n’opposant aucun argument sérieux au pacte de responsabilité, qu’il avait tout à craindre de cette sorte de politique d’union nationale à la Hollande (qui se dit en plus patriote, désormais, ça n’arrange rien).

Au centre, précisément là où le Président de la République est venu faire les poches de François Bayrou, on est en quelque sorte dans l’oeil du cyclone. Les vents sont calmes, mais menaçants, et on se demande bien où cette tempête va pouvoir conduire. Et dans quel état.

Restent les deux grands partis et leurs alliés. C’est là que ça souffle le plus fort. Dans la tourmente, d’ailleurs, Jean-François Copé n’a pu, pour l’instant, que mettre en garde ses troupes sur le danger du chant des sirènes. Et à 10 jours du conseil national qui doit plancher sur le projet pour 2017, c’est vrai que, pour le président de l’UMP, le coup est rude. D’entendre Eric Ciotti envisager de voter la confiance au gouvernement, ça ne doit pas être facile pour lui.

Alors, toute la question, finalement dans cette affaire, est de savoir si cette mécanique politicienne typiquement française, peut saisir l’occasion du moment, pour se réformer, s’adapter. Sans imaginer un jour Jean-Pierre Raffarin signer une motion avec Jean-Christophe Cambadélis, ou François Baroin danser la polka avec Michel Sapin, certains se prennent, quand même, à rêver de nouveau à la réforme des institutions. Après le vote du non cumul des mandats la semaine prochaine, un nouveau plan de décentralisation, annoncé, ce pacte, et les coalitions silencieuses qu’il pourrait provoquer dans l’ombre... Tout ça bouscule sérieusement notre Vème République vieillissante.

Dans les semaines qui viennent, des voix vont se lever, qui vont en profiter pour demander la proportionnelle, une meilleure prise en compte de la société civile, de nouvelles pratiques, et finalement, une VIème République. On peut rêver !

On peut aussi constater sur un calendrier que 2017 va arriver très vite, et avec elle l’heure des comptes pour les députés. Qui n’auront pas intérêt à brouiller leur image trop longtemps.

L'équipe