Le candidat écologiste, Yannick Jadot,  le 30 janvier 2022 sur le plateau du 20 heures de TF1
Le candidat écologiste, Yannick Jadot,  le 30 janvier 2022 sur le plateau du 20 heures de TF1 ©AFP - Julien DE ROSA
Le candidat écologiste, Yannick Jadot, le 30 janvier 2022 sur le plateau du 20 heures de TF1 ©AFP - Julien DE ROSA
Le candidat écologiste, Yannick Jadot, le 30 janvier 2022 sur le plateau du 20 heures de TF1 ©AFP - Julien DE ROSA
Publicité

Le candidat d'Europe Ecologie Les Verts, Yannick Jadot, en quête de crédibilité à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, a décidé d'enfiler une cravate. Aucun candidat écologiste avant lui n'avait arboré cet attribut vestimentaire.

Il y a quelques jours, Yannick Jadot a rompu avec ce qui semblait relever jusqu’ici d’une tradition chez les candidats écologistes à l’élection présidentielle, le refus du port de la cravate. Aucun de ses prédécesseurs masculins n'avaient auparavant arboré cet attribut vestimentaire.

Le premier d’entre eux, René Dumont, candidat en 1974, fit campagne vêtu d’un pull rouge très vite devenu célèbre et les trois suivants, Brice Lalonde, Antoine Waechter, Noël Mamère, s’affichèrent invariablement en chemise et col ouvert.

Publicité

Ce qui était également le cas de Yannick Jadot jusqu’à ces derniers jours. Jusqu’à ce que, mardi de la semaine dernière, alors qu’il était invité sur France Inter, un auditeur lui pose cette question. Envisage-t-il, oui ou non, un jour prochain, de mettre une cravate ?. Et Yannick Jadot répond :

La question se pose, Monsieur. Pour ma part, je n'ai jamais porté de cravate. Mais j'entends quand, dans mes déplacements, des personnes, y compris des personnes d'un certain âge, qui disent que pour être président de la République, il faut mettre une cravate. Et j'entends parce que je ne veux pas, au fond, être disqualifié sur un vêtement.

Résultat, cinq jours plus tard, c’est à dire dimanche dernier, invité du journal de 20h sur TF1, Yannick Jadot s’installe face à son interlocutrice, la journaliste Anne-Laure Coudray, affublé d’une cravate bleu sombre. Il a donc décidé de se conformer, pour complaire aux électeurs, à un code vestimentaire imposant la cravate et qui lui semble être incontournable pour briguer la fonction de président.

L’usage de la cravate n’est pas récent. D'origine croate et adoptée par le roi et sa cour, en France, au 17ème siècle, elle fut beaucoup portée aux XVIIIème et XIXème siècle dans les milieux dirigeants. Dans des formes variées et parfois fantaisistes. Et puis dans les années 1920, sous l’influence d’un cravatier new-yorkais, Jesse Langsdorf, elle s’est standardisée, s’imposant comme l’un des attributs indispensables aux gens de pouvoir.

L’historienne Annie Burger-Roussennac, qui s’est intéressée dans des travaux publiés en 2015 à l’usage politique du vêtement du XVIIIème au XXème siècle, l'associe au costume et l'évoque en ces termes : le costume-cravate, écrit-elle, constitue “le marqueur de la respectabilité bourgeoise et de la norme républicaine”.

Un gage de sérieux et d'autorité

Yannick Jadot serait donc en quête de respectabilité. Il n’est pas le seul d’ailleurs chez les écologistes. Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie les Verts, candidat aux élections régionales en Ile de France en juin dernier, l'avait lui aussi adoptée ce qui, déjà, à l’époque avait surpris.

C'est parce que la cravate, ou plutôt le costume-cravate, qui s’avère être l'uniforme en usage au sein des classes dirigeantes, est un gage de sérieux et d’autorité. Et c’est ce qui manque cruellement aux écologistes.

Une enquête d’opinion réalisée à l’automne dernier par l’institut ODOXA le montrait de façon explicite. Une majorité des personnes interrogées, 55%, avait une opinion positive du parti Europe Ecologie les Verts. En revanche, elles estimaient que c’était un mouvement politique peu crédible et surtout peu réaliste, à plus de 60%.

Or, c’est précisément sur cette question que se joue en partie l’élection présidentielle, sur la crédibilité à gouverner. 

Un candidat peut faire des propositions tous azimuts et plus ou moins séduisantes, ce qui intéressent les électeurs à l'approche du scrutin et ce qui détermine leur vote, c’est la manière dont ils jugent que ces propositions seront mises en œuvre. Raison pour laquelle ils attendent du candidat des gages de sérieux et de compétence.

Être familier du fonctionnement de la machine étatique

Avoir été ministre est un gage de compétence. Ce qui fut le cas de tous les présidents de la 5ème République hormis François Hollande. Un autre gage de sérieux et de compétences est d'être entouré de personnes qui ont déjà participé à l’exercice du pouvoir.

Or, ces caractéristiques font défaut à Yannick Jadot. Il n’est pas un familier du fonctionnement de la machine étatique et son entourage ne l’est pas plus que lui.

L’autre handicap dont il souffre découle des prises de position des nouveaux maires écologistes au lendemain des municipales. La décision de supprimer le sapin de Noël à Bordeaux ou encore l’hostilité affichée par le maire de Lyon à l’égard du Tour de France cycliste ont installé l’idée que les écologistes pouvaient s’attaquer aux grands rituels populaires que constituent la grande boucle en été et les fêtes de fin d’année.

Ces singularités, brandies en étendard par des élus désireux d'afficher leur modernité, ont généré beaucoup d’inquiétude. Et elles contribuent aujourd’hui encore à alimenter le procès en sérieux et en crédibilité fait aux écologistes. Yannick Jadot en est sans doute conscient et il aimerait montrer qu’il ne fera pas n’importe quoi  si les électeurs décident de lui faire confiance.

Il exhibe donc cette petite cravate bleu sombre sur sa chemise blanche derrière laquelle se cachent à la fois une quête de crédibilité, une aspiration à conquérir le pouvoir et un aveu de faiblesse quant aux conditions à respecter pour espérer y parvenir.

L'équipe

Stéphane Robert
Stéphane Robert
Stéphane Robert
Production