Elisabeth Borne, derrière Emmanuel Macron, lors d'une visite au château de Chambord le 22 juillet 2020
Elisabeth Borne, derrière Emmanuel Macron, lors d'une visite au château de Chambord le 22 juillet 2020 ©AFP - Ludovic MARIN
Elisabeth Borne, derrière Emmanuel Macron, lors d'une visite au château de Chambord le 22 juillet 2020 ©AFP - Ludovic MARIN
Elisabeth Borne, derrière Emmanuel Macron, lors d'une visite au château de Chambord le 22 juillet 2020 ©AFP - Ludovic MARIN
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Pour démarrer son second quinquennat, Emmanuel Macron nomme à Matignon une Première ministre qui n'a pas un profil politique et dont il est certain qu'elle lui sera d'une fidélité indéfectible.

Si l’on veut comparer la nouvelle Première ministre, Elisabeth Borne, à l’un de ses prédécesseurs, c’est sans doute vers Bernard Cazeneuve qu’il convient de se tourner.

Comme lui, elle a dirigé trois ministères différents avant d’accéder à Matignon. D’abord nommé aux transports, elle a ensuite migré à la transition écologique pour finalement atterrir au ministère du travail.

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Et comme Bernard Cazeneuve avant elle, elle a conduit avec succès les missions qui lui ont été confiés : réforme de la SNCF, réforme de l’assurance chômage, projet de loi énergie-climat.

Un autre élément de comparaison tient a fait qu’elle dort très peu. Quelques heures par nuit lui suffisent. C’est également le cas de l’ancien Premier ministre socialiste.

La différence, entre eux (outre qu’il est un homme et qu’elle est une femme), tient au fait que Bernard Cazeneuve a été nommé Premier ministre pour gérer les affaires courantes, pendant quelques mois, à la toute fin du quinquennat de François Hollande qui n’a pas été en mesure de se représenter. Tandis qu’Elisabeth Borne est désignée au tout début du second quinquennat d’Emmanuel Macron qui, pour sa part, vient d’être réélu chef de l’Etat.

Hormis cette différence, la similarité de leur parcours gouvernemental, la rigueur avec laquelle tous deux conduisent leur action, et la confiance dont ils bénéficient à quelques années d’écart au plus haut sommet de l’Etat, font qu’elle peut sans doute aujourd’hui prétendre au même surnom que son prédécesseur : elle est devenue le “couteau suisse” d’Emmanuel Macron.

Elisabeth Borne n'est pas une politique

il y a tout de même une autre différence, Elisabeth Borne n’a pas de mandat électif. Elle n’a jamais été élue. C’est une pure technocrate. 

Polytechnicienne de formation, elle a construit sa carrière entre les entreprises du secteur public et les cabinets ministériels. Au côté de Lionel Jospin puis de Ségolène Royal. Elle a aussi été préfète mais jamais candidate à une élection. Elle le sera pour la première fois à l’occasion des législatives, les 12 et 19 juin, dans la 6ème circonscription du Calvados.

Et c’est sans doute en partie pour cette raison qu’elle a été nommée à Matignon. Parce qu’elle n’a pas de réelle autonomie politique. Elle doit tout son parcours gouvernemental à Emmanuel Macron. C’est de lui et de lui seul qu’elle tient sa légitimité à être ministre puis maintenant Première ministre. Elle lui est donc indéfectiblement attachée. Elle ne peut pas le trahir.

Le danger, s’il avait nommé un Premier ministre ou une Première ministre avec un profil plus politique, est qu’il aurait potentiellement fait émerger un candidat à sa succession à l’Elysée.    Comme ce fut le cas avec Edouard Philippe lors du premier quinquennat.

La différence aujourd’hui tient au fait qu’Emmanuel Macron ne peut pas se représenter en 2027 (La règle, c’est : pas plus de deux mandats consécutifs). Dans ces conditions, la guerre de succession est ouverte. Et la fonction de Premier ministre peut être perçue et utilisée par le titulaire du poste comme un tremplin pour devenir président à son tour, s’il en a l’ambition.

A partir de ce moment-là, vous voyez bien le problème. Le Premier ministre aura tendance à s’autonomiser, à se différencier, et à conduire l’action du gouvernement en fonction de son intérêt, pas nécessairement en fonction de celui du président.

Il peut alors devenir un “empêcheur de gouverner en rond”. C’est pourquoi Emmanuel Macron a voulu nommer quelqu’un dont il peut être CERTAIN de la fidélité. Et il sait que ce sera le cas avec Elisabeth Borne.

Ce n'est pas le Premier ministre qui dirige l'action du gouvernement

Nous aurons donc une Première ministre aux ordres. Les décisions seront prises à l’Elysée, pas à Matignon. C’était déjà le cas lors du premier quinquennat, me direz-vous ? Eh bien non. Pas tout à fait. Avec Edouard Philippe, il y eut parfois de vrais moments de confrontations. 

Par exemple à l’occasion du premier déconfinement de la population. Edouard Philippe n’était pas d’accord. Emmanuel Macron l’a imposé au forceps. Edouard Philippe a même, dans certains cas, remporté des arbitrages. Les 80 km/h. L’âge pivot pour la réforme des retraites. 

Avec Elisabeth Borne, ce ne sera pas le cas. Elle ne contestera pas le fait que c’est Emmanuel Macron qui décide et lui seul. En ce sens, elle apparaît beaucoup plus comme une “Jean Castex bis”, comme quelqu’un qui n’aura pas d’autre ambition que de conduire consciencieusement l’action qu’on lui demandera de conduire.

C’est un peu, en quelque sorte, comme si Emmanuel Macron s’était nommé lui-même à Matignon. Constitutionnellement, il ne peut pas le faire. Alors il nomme une personne dont il est sûr qu’elle mettra en œuvre ses décisions. Et il entérine ainsi un peu plus le fait que, sous la cinquième République, contrairement à ce qui est écrit dans la constitution, ce n’est pas le Premier ministre qui dirige l’action du gouvernement, c’est bel et bien le président.