Le fondateur d'"En Marche" dans la rédaction de Médiapart, le 3 novembre 2016
Le fondateur d'"En Marche" dans la rédaction de Médiapart, le 3 novembre 2016
Le fondateur d'"En Marche" dans la rédaction de Médiapart, le 3 novembre 2016 - DR
Le fondateur d'"En Marche" dans la rédaction de Médiapart, le 3 novembre 2016 - DR
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Résumé

Le presque-candidat était invité hier soir chez nos confrères de Médiapart, pour une soirée spéciale de plus de trois heures. Europe, laïcité, économie, environnement… un débat au spectre large pour celui qui rode sa campagne présidentielle.

avec :

Frédéric Says (auteur du Billet politique de France Culture, journaliste au service politique de la rédaction).

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Ce fut un peu l'anti-débat des primaires de droite : sur le plateau de Médiapart hier, il y avait davantage de journalistes que de candidats ; ce sera l’inverse ce soir, pour le deuxième débat des impétrants de la droite. Un des effets collatéraux de la primaire ? Compacter les temps de parole. Lors du premier débat, chaque candidat, de Jean-Frédéric Poisson à Alain Juppé, a disposé de 15 fois une minute pour s’exprimer. Un format qui ne permet guère d’aller au-delà des phrases-chocs. Hier soir, Emmanuel Macron a pu se payer un luxe enviable : développer longuement son argumentation, avec une suprême insolence : répondre « je ne sais pas » à une question, en l’occurrence sur la dépénalisation du cannabis. « Je ne sais pas » : sur le plateau d’un débat pour la primaire, la réponse lui aurait valu les lazzis et les moqueries de ses contradicteurs. Macron chez Médiapart, c'est un peu comme Besancenot sur TF1, c’est la rencontre de deux mondes. L’ancien banquier d’affaires de chez Rothschild face à la rédaction qui a révélé l'imbroglio fiscal autour de son impôt sur la fortune. L'homme du "travailler plus pour se payer des costumes" face aux journalistes qui lui en ont souvent taillé, des costumes, par exemple sur le dossier des privatisations d'aéroports régionaux.

Anti-primaire, aussi, sur le fond du discours...

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Oui, dans le sens où le fondateur d’En Marche a réussi à imposer un discours assez balancé sur des sujets qui provoquent souvent des opinions assez primaires : la laïcité ou la banlieue.

Face aux assauts plutôt rudes de ses intervieweurs, Emmanuel Macron a développé une technique oratoire de triangulation : il utilise les thèmes de prédilection de ses interlocuteurs. Par exemple, sur Notre Dame des Landes, il met en avant la délibération collective, et donc le respect de la consultation qui a tranché en faveur de l’aéroport :

Billet politique 1 - Macron et NDDL

25 sec

Difficile pour Edwy Plenel, qui plaide pour le dépassement du centralisme démocratique, de s'opposer à cette plaidoirie. Autre exemple : interrogé sur l'industrie du diesel, Emmanuel Macron répond "drame sociaux", "on ne peut pas détruire des usines et jeter des ouvriers à la rue". Imparable. Questionné sur l’uberisation, il donne dans l’empathie avec les quartiers populaires, où je cite, il vaut mieux être chauffeur "que de tenir les murs et de dealer". Sur son parcours enfin, l'inspecteur des finances joue la carte de la fin des privilèges, en annonçant qu’il va démissionner de la fonction publique.

Résultat : une passe d’armes qui tourne à l’avantage du fondateur de En Marche, parfois au prix d'une habileté rhétorique, parfois aussi grâce à une argumentation de fond. Il fallait d’ailleurs voir les visages des intervieweurs, au fil de la soirée, de plus en plus captivés par le personnage. Des visages qui contrastaient avec les bandeaux incrustés en bas de l’écran, préparés avant l'émission : "Macron ultralibéral", "Macron pollueur", "Macron anti-social"... thématiques pour le coup un peu primaires, assorties - précisons-le - d’un point d’interrogation.

A la fin de l’émission, Emmanuel Macron est pour ainsi dire chez lui. Il se permet même de taquiner Edwy Plenel, en pleine promo de son offre exclusive d’abonnement à Médiapart :

Billet politique 2 - Macron appelle aux dons

17 sec

Sera-t-il candidat ? Evidemment, à Médiapart comme ailleurs la question lui est posée. Et comme ailleurs, pas de réponse. Mais à l'orée de cette campagne - et c'est une indication qui n'est pas neutre pour le rapport de force qui s'annonce -, Emmanuel Macron est ressorti de l’essoreuse Médiapart sans un seul pli à son costume.