Emmanuel Macron veut renouer avec les territoires

Emmanuel Macron face à 600 maires à Grand-Bourgtheroulde en Normandie le 15 janvier 2019
Emmanuel Macron face à 600 maires à Grand-Bourgtheroulde en Normandie le 15 janvier 2019 ©AFP - Philippe WOJAZER
Emmanuel Macron face à 600 maires à Grand-Bourgtheroulde en Normandie le 15 janvier 2019 ©AFP - Philippe WOJAZER
Emmanuel Macron face à 600 maires à Grand-Bourgtheroulde en Normandie le 15 janvier 2019 ©AFP - Philippe WOJAZER
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L'entretien accordé par Emmanuel Macron, ce matin, à la presse quotidienne régionale fait partie d’un plan de bataille que le chef de l’Etat lance en direction de la France des territoires. Il espère ainsi corriger l'image qu'il renvoie d'un président parisien représentant les classes aisées.

Ce n’est pas un hasard si Emmanuel Macron a choisi la Presse Quotidienne Régionale pour dévoiler, ce matin, son agenda de sortie de crise sanitaire.

Il a longtemps négligée la PQR. Durant les deux premières années du quinquennat, pour lui, elle n’existait pas. Et puis au lendemain de la crise des gilets jaunes et du grand débat qui lui a permis d’en sortir, il s’est souvenu qu’elle existait et qu’elle pouvait lui permettre de s’adresser à ces territoires éloignés et oubliés d’où la révolte avait surgi.

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Le 20 mai 2019, le président avait donc organisé une interview exclusivement réservée aux quotidiens régionaux. Nous étions alors à 5 jours des élections européennes et il disait vouloir convaincre de l’importance de se mobiliser pour ce scrutin.

Depuis, il en avait accordé deux autres. L’une en février 2020 pour parler des questions agricoles à la veille du Salon de l’Agriculture. L’autre quelques mois plus tard, début juillet, pour dessiner, déjà, après le premier confinement, les perspectives d’une sortie de crise sanitaire et annoncer l’imminence d’un remaniement.

Cette interview à la presse quotidienne régionale est donc la quatrième du genre. Et elle s’inscrit dans une sorte de marketing politique qui veut qu’Emmanuel Macron choisit son canal de diffusion en fonction du message qu’il a l’intention de délivrer et de la cible qu’il souhaite atteindre. Là, ce sont les territoires.

Dans cette interview, il dévoile évidemment ce que tout le monde attendait, l’agenda national de sortie de crise. 3 mai, 19 mai, 9 juin, 30 juin. Mais il insiste aussi sur la possible gestion territorialisée du déconfinement, indiquant que des "freins d’urgence" pourraient être actionnés, si nécessaires, en fonction des situations locales.

"Prendre le pouls du pays"

Il indique encore qu’à compter du début du mois de juin, il a l’intention de "reprendre son bâton de pèlerin et d’aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays". Son dessein est donc apparemment de faire coïncider ce déconfinement avec son entrée en campagne en vue de la présidentielle de l’année prochaine.

Il semble préparer depuis quelques temps déjà ce plan de campagne, multipliant, ces derniers mois, les entretiens avec des maires. Mardi dernier encore, il était en visioconférence avec une dizaine d’entre eux, des maires de tous horizons, certains de toutes petites communes, d’autres de communes plus importantes. L’entretien a duré deux heures et les élus se sont félicités de le voir prendre des notes !

Le chef de l’Etat s’était déjà livré au même exercice, le 15 avril, avec une quinzaine de maires cette fois. Pas les mêmes. Et là encore, il avait recueilli, nous dit-on, leur "ressenti et leurs avis sur la gestion de crise". Un mois plus tôt, il s’était adressé de la même manière à plusieurs élus des Yvelines réunis à l’initiative de son ami, le maire de Poissy, Karl Olive. 

C’est comme s’il cherchait à se constituer, lui-même, un réseau d’élus dans les territoires. Lui qui n’a pas ou peu de relais et dont le parti, La République en Marche, n’a pas réussi à s’implanter localement. Il sent manifestement qu’il y a un manque et que ce manque pourrait lui être préjudiciable au moment où il briguera un second mandat. 

Les ministres sont incités à multiplier les déplacements

Lesquels ministres s’exécutent volontiers. Toutes les fins de semaines, les agendas des membres du gouvernement regorgent d’excursions annoncées un peu partout en France. Par exemple, aujourd’hui, Gabriel Attal est à Blois, dans le Loir et Cher. La ministre de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher se rend dans les Hauts de France. On signale aussi Elisabeth Moreno et Emmanuelle Wargon à Charenton-Le-Pont.

Quant à Jean Castex, son Premier ministre dont l’accent chantant incarne les territoires, il est toutes les semaines en déplacement, chaque vendredi et chaque samedi. C’est devenu un rituel. Il ne faut pas rester à Paris, leur a dit le président. Et il veut des articles dans la presse locale. Cette offensive en direction de la province et des territoires semble donc être une opération d’envergure savamment élaborée. 

Il a lu, certainement, les travaux de tous ces chercheurs qui ont décrit la déconnexion entre villes et campagnes, qui ont décrit le sentiment de relégation de ces populations qui vivent loin de Paris et à distance des métropoles. Et puis il a vu concrètement les effets que ça pouvait produire, la révolte des gilets jaunes, son cortège de violences, et malgré ça, le soutien, pendant des mois à ce mouvement, d’une majorité de français.

Emmanuel Macron sait donc la défiance, le rejet, la colère qu’il peut inspirer dans certains coins de France. Et il veut essayer de renouer avec la France des territoires dont il voit bien qu’il est très loin depuis son palais parisien.

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