Emmanuel Macron à l'annonce de sa candidature à la présidence de la République le 16 novembre 2016, dans un centre de formation de Bobigny
Emmanuel Macron à l'annonce de sa candidature à la présidence de la République le 16 novembre 2016, dans un centre de formation de Bobigny ©Radio France - Sophie Delpont
Emmanuel Macron à l'annonce de sa candidature à la présidence de la République le 16 novembre 2016, dans un centre de formation de Bobigny ©Radio France - Sophie Delpont
Emmanuel Macron à l'annonce de sa candidature à la présidence de la République le 16 novembre 2016, dans un centre de formation de Bobigny ©Radio France - Sophie Delpont
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Avec la candidature hier d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, beaucoup de choses ont été dites et un mot revient, celui de "renouvellement". Ludovic Piedtenu.

Avec
  • Ludovic Piedtenu Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture

Le renouvellement est une demande répétée, une aspiration des Français à l'égard de leur classe politique. Sondage après sondage, une écrasante majorité d'entre nous considère qu'il y a un manque de renouvellement. Dans la Primaire de la droite, par exemple, il n'y a qu'à regarder le casting. On les connaît parfaitement. Ils ont déjà exercé différents mandats. Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon... L'âge, pour certains, semble même devenir un handicap ces derniers temps...

N'est-ce pas le sociologue Michel Wieviorka qui qualifie le système politique de "congelé". On a face à nous des professionnels de la politique. C'est davantage vrai aujourd'hui qu'hier. Cette professionnalisation explique en partie le rejet de la classe politique. Avec ce paradoxe, que les Français réclament un renouvellement tout en exigeant l'expérience. C'est le problème que rencontre Bruno Le Maire, déjà 47 ans, perçu dans différentes enquêtes comme insuffisamment armé... Et on ne peut pas dire que son slogan, "le renouveau c'est Bruno", a particulièrement fonctionné.

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Du coup, les jeunes ont beau pousser... Les jeunes pousses poussent. Mais sans y parvenir. Parce que leur langage est d'une certaine façon daté. Leur logiciel est souvent celui de leurs aînés. Comment expliquer cela ? La faute sans doute des partis politiques, à leur structure. Comme l'écrit sur son blog le magistrat Philippe Bilger, 73 ans : "la fatalité des structures partisanes impose une technique, des comportements, des réflexes et des perversions indépendants de l'âge mais ayant tout à voir avec la pesanteur du politique."

"Ces jeunes pousses affichent certes une volonté de renouveau. Elles tentent de nous persuader qu'avec elles, on ferait de la politique autrement. Mais quel citoyen croit à ces billevesées obligatoires dans des discours formatés, mais absolument pas plausibles ?" - Philippe Bilger.

Le non-renouvellement de la classe politique est en réalité un symptôme de la mort des partis politiques.

Mais alors que dire d'Emmanuel Macron, âgé de 38 ans ?

Emmanuel Macron lors d'une visite à Montpellier le 18 octobre 2016
Emmanuel Macron lors d'une visite à Montpellier le 18 octobre 2016
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Il y a là quelque chose d'inclassable, "un candidat du troisième type" comme le titre le quotidien l'Opinion ce matin. Macron n'a pas exercé de mandats électifs. Il n'appartient à aucun parti politique. Il n'y a pas fait ses armes. Ce qui peut expliquer un langage nouveau. Disons au moins fortement consensuel. Répondant ainsi à une autre exigence récente, la fin du traditionnel clivage gauche-droite. L'homme appartiendrait selon une expression que l'on voit apparaître et que je trouve personnellement assez délicieuse à l'extrême centre, il serait un "populiste d'extrême centre" selon mon confrère de La Tribune, Romaric Godin.

Emmanuel Macron a en effet 38 ans. Un âge auquel pour beaucoup, tout a commencé en politique. Autour de 40 ans, Jacques Chirac obtient son premier poste d'importance au gouvernement comme Ministre de l'Agriculture. Alain Juppé autour de 40 ans gagnera ses premiers combats électoraux : un grand chelem aux municipales, aux européennes puis aux législatives. 40 ans, ce serait l'âge de raison pour le Français lambda. Mais l'âge où tout commence pour un politique comme pour Emmanuel Macron.

Il n'y a qu'à regarder l'Assemblée Nationale, il n'y a que 22 élus de moins de 40 ans, 22 députés sur 577 et depuis la rentrée de septembre, ils sont de plus en plus nombreux à déjà jeter l'éponge. Un de plus hier, l'élu socialiste des Hauts-de-Seine, Sébastien Pietrasanta, 40 ans l'an prochain annonce qu'il ne se représentera pas. Après 17 ans de politique, "cette année marquera" écrit-il et c'est le titre de sa note de blog, "le début du reste de ma vie".

Emmanuel Macron avec son jeune âge commence sa carrière politique. Dans une trajectoire totalement opposée. C'était à sa façon, comme l'écrit Pietrasanta, ou comme le chante Etienne Daho, aussi le premier jour du reste de sa vie.

Etienne Daho

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