Eric Zemmour sur le plateau de France 2 le 1er février 2022
Eric Zemmour sur le plateau de France 2 le 1er février 2022 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
Eric Zemmour sur le plateau de France 2 le 1er février 2022 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
Eric Zemmour sur le plateau de France 2 le 1er février 2022 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
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Éric Zemmour a surgi sur l'espace politique nationaliste et identitaire partiellement délaissé par Marine Le Pen. Depuis, les deux candidats à l'élection présidentielle se livrent une bataille féroce pour le leadership à l'extrême droite de l'échiquier politique.

Les départs s’enchainent au Rassemblement national. Avec aujourd’hui le député européen Nicolas Bay, qui annonce publiquement, dans une interview au Figaro, qu'il change de camp et s'engage aux côtés d'Éric Zemmour.

Cette défection n’est pas une surprise. Elle couvait depuis quelques jours.  Mardi dernier, Nicolas Bay a été accusé par le Rassemblement National d’avoir transmis des informations confidentielles au camp Zemmour et il a été démis de toutes ses responsabilités.  L’exercice de clarification auquel il se livre ce matin était donc attendu et même inévitable.

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Ce n’est pas n’importe qui, Nicolas Bay. Il a été numéro deux du RN, responsable du groupe au parlement européen. C’est lui qui faisait le lien avec les autres partis nationalistes, cousins du Rassemblement National, partout en Europe.

Pour la petite histoire, il fit partie de l’aventure mégrétiste en 1998 et c’est Marine Le Pen qui convainquit son père de le réintégrer au Front National, onze ans plus tard, en 2009, alors que celui-ci refusait de pardonner à ceux qu’ils appelaient alors “les félons”.

Il s'en va aujourd'hui comme plusieurs autres cadres avant lui qui ont rejoint Éric Zemmour, notamment le sénateur de Marseille, Stéphane Ravier, et les députés européens Gilbert Collard et Jérôme Rivière.

Ces départs ne s’expliquent pas par l’opportunisme politique de personnalités qui verraient en Éric Zemmour un candidat plus prometteur que Marine Le Pen.  C’est actuellement toujours elle qui est en tête dans les sondages. Non, ils sont plutôt le signe qu’une clarification est à l’œuvre à l’extrême droite. Clarification entre deux offres politiques bien distinctes.

Le Rassemblement national était jusqu'ici le seul horizon politique des identitaires

Or aujourd’hui, il y en a deux avec l’apparition d'Éric Zemmour et de sa formation politique “Reconquête !”. Certains sont donc tentés de quitter un parti où ils ne sentent plus vraiment très à leur aise pour une nouvelle formation dans laquelle ils se reconnaissent politiquement.

Il faut dire que le Front national a changé depuis l’arrivée de Marine Le Pen en 2011. Elle a mis en œuvre ce qu’elle avait théorisé bien des années auparavant, depuis la défaite de son père face à Chirac en 2002, la nécessité qu’il fallait dédiaboliser le parti. Elle s’est évertuée à le faire méthodiquement, au point qu’elle a aujourd’hui renoncé à de nombreux marqueurs qui en faisaient un parti d’extrême droite.

Elle ne veut plus, par exemple, sortir de l’euro et rétablir des frontières strictement nationales. Elle ne veut plus non plus sortir de l’espace Schengen comme elle le promettait il y a quelques années ou encore s'émanciper de la tutelle de la Cour européenne de justice.

Elle a fait évoluer sa position sur la religion musulmane. Depuis quelques temps, elle explique que l’islam est compatible avec la République et que ce qu’elle combat, c'est sa dérive radicale, l’islamisme. Elle en fait même une de ses grandes différences avec Éric Zemmour. Et puis très récemment, elle a abandonné un autre marqueur d’extrême droite important, l’interdiction de la binationalité.

Marine Le Pen a progressivement délaissé l'espace politique identitaire

Autrement dit, Marine Le Pen a considérablement adouci son programme et son image. Car son objectif est de conquérir le pouvoir. Elle veut faire sauter le fameux plafond de verre qui, encore en 2017, l'a cantonné à un score de 34% au second tour de la présidentielle. Elle continue à vouloir contenir l'immigration et supprimer le droit du sol mais ses propositions sont moins radicales qu'auparavant.

Ce faisant, elle a en partie délaissé l'espace politique identitaire sur lequel à brusquement surgi Éric Zemmour. Il est en quelque sorte son enfant politique, l’enfant qu’elle a laissé grandir sur un espace qu’elle lui a négligemment abandonné. Et c’est un enfant terrible, d’une radicalité extrême et qui n’entend pas s’en laisser compter. Car ce qu’il veut, c’est très simple : prendre la place !

C’est pour cette raison qu’une bataille féroce est engagée. Avec un Éric Zemmour qui campe et qui incarne aujourd’hui la radicalité identitaire originelle. C’est la raison pour laquelle on assiste à tous ces ralliements, raison pour laquelle, aussi, Jean-Marie Le Pen lui a témoigné sa sympathie et pour laquelle celle qui est considérée comme son héritière politique, sa petite fille, Marion Maréchal, envisage, elle aussi, un éventuel ralliement.

On est donc en train d’assister à une grande clarification à l’extrême droite, clarification dont le juge de paix est l’élection présidentielle à venir.

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