La place de la Concorde, à Paris. ©AFP - Ludovic Marin
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Résumé

Le dialogue est-il possible ?

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Où est passée la concorde ? On ne parle pas ici de la place parisienne du même nom (encore que celle-ci, toute proche de l’Élysée, ait disparu régulièrement derrière les cordons de CRS). 

Non, on évoque la concorde républicaine. Celle qui garantit, au minimum, une atmosphère propice au débat. 

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Ce week-end, la concorde a volé en éclat en même temps que la porte du ministère. Cette porte enfoncée par quelques individus, juchés sur un engin de chantier, ou plus exactement sur un porte-palettes. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, a dû être évacué. 

Symboliquement, ce samedi, ce n'est pas le gouvernement qui a déplacé une manifestation, c'est une manifestation qui a déplacé le gouvernement. Et ce n'est pas anodin. 

Ces images ont fait le tour des écrans, mais elles ne disent pas complètement le climat de violence contre les institutions qui a gagné de nombreux endroits dans le pays. En Vendée, une députée En Marche a vu l'entrée de son domicile muré. L'un de ses collègues du Finistère a découvert sa permanence vandalisée. D'autres ont reçu des lettres haineuses et racistes. Dans la ville de Rennes, avant-hier, des protestataires, certains cagoulés, d'autres en gilets jaunes, ont forcé l'entrée de la mairie. 

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Ces intimidations ont en commun de viser les représentants du système démocratique. Tous ceux que nous avons cité ont été élus, désignés par le peuple. Avec une forte abstention, diront leurs opposants, certes, mais toujours avec plus de voix que le deuxième de l'élection... 

Dans une démocratie, on peut mettre une rouste à un élu - mais exclusivement dans les urnes. On peut le frapper - mais seulement d'inéligibilité, par décision judiciaire. On peut le déchirer - mais uniquement s'il s'agit du bulletin à son nom. 

La porte défoncée du ministère a occulté les rassemblements en majorité pacifiques. Elle a occulté aussi les comportements inappropriés de policiers, qui, quand ils existent, ne sont pas plus justifiables. 

Comment en sortir ? Le climat semble de plus en plus tourner à l'hystérie... 

L'on a vu ressortir des mots qui fleurent l'archive jaunie : « les factieux », les « séditieux ». Pensait-on les voir ressurgir à notre époque, censément celle de la fin de l'Histoire ? Quel contraste avec le champ lexical d'Emmanuel Macron il y a encore un an ! Fin 2017, lors de ses vœux aux Français pour l'année 2018, le président avait fait cette prédiction : 

"L'année 2018 sera à mes yeux celle de la cohésion de la Nation. Nous nous sommes trop souvent, trop longtemps divisés. Je veux plus de concorde pour la France en 2018."

La preuve que les prédictions sont difficiles, surtout quand elles concernent l'avenir, comme le disait Pierre Dac. 

Alors que faire dans ce climat de déception qui tourne à la colère - et de colère qui tourne à la haine ? Le gouvernement place beaucoup d'espoir dans le grand débat national qui doit s'ouvrir dans une semaine. Mais la société française est-elle en état d'avoir ce débat ? Existe-t-il encore un espace de compréhension possible, de réalité commune ? 

Regardez les réseaux sociaux : les uns font tourner en boucle l'image de la République assiégée ; les autres diffusent les coups de poings assénés par un policier pour prouver que c'est la République qui agresse. Ce n'est pas la même France que voient les acteurs du conflit en cours. Chacun au chaud dans la bulle de ses convictions. 

Et entre les deux ? Rien ou presque. Pas de médiateur, pas de corps intermédiaires, et des partis d'opposition qui jouent avec le feu. Dès lors, comment fonder un dialogue ? La question n'est plus tellement : toutes les parties prenantes peuvent-elles se mettre d'accord... Mais plutôt : peuvent-elles encore se parler ?

Frédéric Says

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