"Fatwa bancaire" et autres importations linguistiques

Marine Le Pen a dénoncé mercredi une "fatwa bancaire".
Marine Le Pen a dénoncé mercredi une "fatwa bancaire".  ©AFP - Ludovic Marin
Marine Le Pen a dénoncé mercredi une "fatwa bancaire". ©AFP - Ludovic Marin
Marine Le Pen a dénoncé mercredi une "fatwa bancaire". ©AFP - Ludovic Marin
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Petite revue des mots étrangers utilisés par les politiques. Et de ce qu'ils révèlent de leur discours.

Dis-moi quels mots tu importes et je te dirais qui tu es. Hier, Marine Le Pen a convoqué la presse pour dénoncer la fermeture de son compte bancaire par la banque HSBC. Et voici l'expression qu'elle emploie :

Marine Le Pen dénonce une "fatwa bancaire"

8 sec

Une "fatwa bancaire"... On imagine l'ayatollah "HSBC", qui décide, après consultation des textes sacrés, d'excommunier Marine Le Pen. L'expression est travaillée, imagée, employée à plusieurs reprises. Du point de vue du discours frontiste, elle présente un double avantage : 

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Avec le mot "fatwa", Marine Le Pen convoque la menace islamiste ; avec le mot "bancaire", l'oppression du "système". Soit les deux thèmes principaux de sa dernière campagne présidentielle. 

Les "Whip"

Chez les Macronistes, la mode est bien sûr davantage à l'anglais. Le chef de l’État n'a de cesse de promouvoir la "start-up nation". Le vocabulaire anglo-saxon s'est aussi invité à l'Assemblée, où les députés En Marche désignent leurs responsables thématiques comme des "Whip", à la manière britannique. 

Les anglicismes se retrouvent même incognito dans la bouche des ministres. On a noté ce mot hier en écoutant Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique :

Mounir Mahjoubi "considère"

8 sec

En l'occurrence, il s'agit d'un anglicisme tiré de « to consider », qui ne se traduit pas par considérer, mais par... prendre en considération. 

Jean-Luc Mélenchon, lui, fait preuve d'une extrême prudence à l'égard des mots en anglais. Est-ce une manière de lutter contre l'impérialisme... linguistique ? On le voit rarement utiliser la langue de Shakespeare. Et quand c'est le cas, c'est avec une ostensible mauvaise volonté...

Jean-Luc Mélenchon et les Paradise papers

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Peut-être Jean-Luc Mélenchon est-il davantage adepte de la langue utilisée par François Bayrou et Alain Juppé : le latin. Les deux hommes échangent des locutions latines, quand ils veulent ne pas être compris de leur entourage : 

François Bayrou et le latin

11 sec

(avec Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV)

Et la droite, dans tout cela ? Partagée entre un certain conservatisme, un certain amour pour la langue classique et, disons-le, un léger attrait pour la modernité en Marche, connectée au marché, à l'entreprise, à la mondialisation, elle se cherche un peu. 

En témoigne cette tentative d'Eric Woerth, le président LR de la commission des finances à l'Assemblée (interview sur Radio Classique) :

Eric Woerth et le oldeuh school

7 sec

"Oldeuh school", le macronisme ? Il a surtout pour particularité de convoquer à la fois des mots de la globalisation triomphante... et des expressions françaises un rien désuètes, qu'on croirait tirées de la collection "bibliothèque verte".

C'est à la fois la "start-up nation" et la "poudre de perlimpinpin" ; le "team building" et les "galimatias" ; la "task force" et le "truchement". Une déclinaison linguistique du fameux « Et en même temps ». 

Frédéric Says

L'équipe