Jean-Luc Mélenchon dans la cour de l'hôtel de Matignon le 15 avril 2018
Jean-Luc Mélenchon dans la cour de l'hôtel de Matignon le 15 avril 2018
Jean-Luc Mélenchon dans la cour de l'hôtel de Matignon le 15 avril 2018 ©AFP - François GUILLOT
Jean-Luc Mélenchon dans la cour de l'hôtel de Matignon le 15 avril 2018 ©AFP - François GUILLOT
Jean-Luc Mélenchon dans la cour de l'hôtel de Matignon le 15 avril 2018 ©AFP - François GUILLOT
Publicité
Résumé

Jean-Luc Mélenchon répète depuis deux jours qu'il souhaite remplacer Elisabeth Borne à Matignon après les élections législatives qui se tiendront dans un mois. Il ne croit sans doute pas lui-même à ce qu'il raconte mais ses paroles dissimulent une manœuvre politique plutôt habile.

En savoir plus

Jean-Luc Mélenchon veut remporter les élections législatives des 12 et 19 juin pour devenir Premier ministre. Ça fait trois semaines qu’il martèle ce message à chacune de ses prises de parole. Un message qu’il a renouvelé le soir même de la nomination d’Elisabeth Borne à Matignon :

"Il existe une possibilité pour les Français de renvoyer Madame Borne et de faire un autre choix. Le choix que j'incarne puisque, comme vous le savez, ma candidature au poste de Premier ministre a été présenté par l'ensemble des organisations qui participent à la Nouvelle union populaire, écologique et sociale."

Publicité

Pour que ce souhait aboutisse, pour que Jean-Luc Mélenchon accède à Matignon, il y a deux conditions. Il faut d’abord qu’une majorité de députés de l’union de la gauche soient élus, c’est à dire au minimum 289 députés sur 577.

Mais ce n’est pas suffisant. Il faut ensuite que le président décide de le nommer, lui, et lui demande de constituer un gouvernement. Ça n’a rien d’automatique. Même si la gauche obtient une majorité à l’Assemblée nationale, rien n’oblige Emmanuel Macron à faire appel à Jean-Luc Mélenchon.

Par le passé, à chaque fois qu’un président s’est retrouvé en situation de cohabitation, il a nommé Premier ministre le chef de l’opposition qui avait remporté les élections. Ce fut Jacques Chirac en 1986, Lionel Jospin en 1997, et en 1993, François Mitterrand se tourna d’abord vers Chirac qui fit savoir qu’il ne souhaitait pas y retourner et proposa Edouard Balladur pour le remplacer.

Mais c’est une convention. Il n’y a pas d’automaticité. Le chef de l’État peut nommer qui bon lui semble. Revient ensuite aux députés le soin de valider ou de récuser le choix du président en votant ou non la confiance au Premier ministre et à son gouvernement.

L'accession de Jean-Luc Mélenchon à Matignon dépend donc, même en cas de victoire aux législatives, du bon vouloir d’Emmanuel Macron. La seule contrainte est qu’il doit nommer quelqu’un qui soit en mesure d’obtenir la confiance de l’Assemblée, et donc de la majorité qui y siège, ce qui limite tout de même les choix possibles.

Les perspectives d'une victoire de la gauche aux législatives sont très faibles

En théorie, tout est possible. Le scrutin constitue le juge de paix. Ce sont les électeurs qui décident. Mais si on observe la situation en détail, on voit que plusieurs éléments d’analyses ne plaident pas vraiment en faveur de l’émergence d’une majorité de gauche à l’Assemblée nationale.

Partons d’abord des sondages, ils donnent l’union de la gauche en tête des intentions de vote, à un mois du scrutin. Mais ces sondages sont réalisés à l’échelle nationale. Or, les législatives n’ont rien à voir avec l’élection présidentielle. Il y a 577 circonscriptions. Et donc 577 réalités locales différentes.

Et si l’on regarde la carte du vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, on constate qu’il est très inégalement réparti sur le territoire. Le vote Mélenchon est souvent très fort dans les centres-villes des villes importantes et dans les banlieues populaires.

Mais parallèlement, il est souvent très faible dans les petites villes et dans les zones rurales. Il y a donc de nombreuses circonscriptions où les candidats d’union de la gauche n’ont aucune chance de figurer au second tour. Ca limite les espoirs de conquête.

Deuxième élément à prendre en compte : le seuil de qualification pour le second tour. Il faut atteindre au minimum 12,5% des inscrits. Ça veut dire qu’avec une participation de moins de 50%, comme il est probable que ce sera le cas, il faudra faire un score de 25, 27 voire 30% pour se qualifier au second tour.

Et donc, dans la quasi-totalité des cas, on aura des duels, pas de triangulaire. Et bien souvent, on retrouvera un candidat du centre avec, en face, soit un candidat de l’extrême droite, soit un candidat d’union de la gauche. Vous voyez, là encore, que ça limite les perspectives de victoire à gauche.

La gauche face à une démobilisation de son électorat

Le troisième élément à prendre en compte est la participation. Il faut vraisemblablement compter, comme en 2017, qu’elle sera inférieure à 50%. Ça signifie qu’on aura une forte déperdition par rapport à la présidentielle.

Or, on sait que les électorats qui, de façon quasi-automatique en cas de forte abstention se mobilisent moins que les autres sont les jeunes et les classes populaires. C’est à dire précisément ceux qui, pour une part importante d'entre eux, ont voté Mélenchon à la présidentielle.

A cela, il faut ajouter l’effet d’entrainement généré par l’élection présidentielle qui veut que l’électorat du vainqueur a mécaniquement plus tendance à aller voter que l’électorat de ceux qui ont perdu.

Et donc, selon toutes ces considérations... on peut considérer que les perspectives de victoire de l’union de la gauche sont très faibles, voire quasi inexistantes. Mais Jean-Luc Mélenchon le sait tout ça. Et c’est là où, politiquement, ce qu’il fait est très habile.

En martelant le message qu’il peut devenir Premier ministre, il fait croire qu’on peut rejouer la présidentielle. C’est une manière de remobiliser son électorat qu’il sait potentiellement fortement abstentionniste.

C’est habile et ça devrait marcher en partie. Pas suffisamment sans doute pour lui offrir une majorité à l’Assemblée mais suffisamment pour augmenter de façon conséquente la taille de son groupe de députés et pour offrir ou maintenir un groupe aux autres forces de gauche.

Le groupe des Insoumis pourrait même devenir le premier groupe d’opposition. A la tête duquel ne figurera pas Jean-Luc Mélenchon, puisqu’à titre personnel, il n’est pas candidat au renouvellement de son mandat.