Les maires de France ont été encouragés à recueillir les doléances, avant le démarrage du "grand débat" à la mi-janvier.
Les maires de France ont été encouragés à recueillir les doléances, avant le démarrage du "grand débat" à la mi-janvier.
Les maires de France ont été encouragés à recueillir les doléances, avant le démarrage du "grand débat" à la mi-janvier. ©AFP - Valérie Hache
Les maires de France ont été encouragés à recueillir les doléances, avant le démarrage du "grand débat" à la mi-janvier. ©AFP - Valérie Hache
Les maires de France ont été encouragés à recueillir les doléances, avant le démarrage du "grand débat" à la mi-janvier. ©AFP - Valérie Hache
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Résumé

Les contours du grand débat national promis par Emmanuel Macron sont encore incertains.

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C'est le dernier-né des mesures Macron pour calmer la colère : un grand débat. Mais il faut croire que les fées ne sont pas penchées sur son berceau. Il cumule à peu près toutes les tares dans la conception. D'abord, un retard de croissance. Il devait commencer dès le mois de décembre. Il a été prudemment repoussé à la mi-janvier. Ensuite, il est assez indéfini. Ce débat doit-il servir à infléchir le quinquennat, ou s'agit-il simplement d'une soupape, pour exprimer le désarroi ? Le porte-parole du gouvernement a déjà expliqué que cette grande conversation nationale n'amènerait pas à un "changement de cap". 

Par ailleurs, les participants pourront-ils aborder tous les sujets ? Oui, ont dit les uns ; non ont répondu les autres. A l'image du ministre Benjamin Griveaux sur BFM TV : 

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"On ne tergiversera pas sur les valeurs. Cela veut dire que l'IVG, la peine de mort, le mariage pour tous ne seront pas sur la table". 

D'ailleurs, quel sera le rôle des ministres ? Devront-ils assister à ces réunions ? Si oui, faudra-t-il qu'ils interviennent, qu'ils défendent leurs convictions ? Au risque de transformer l'exercice en plaidoirie pro-gouvernementale ? 

En outre, comment convaincre un public large et le plus divers possible de prendre la parole ? Comment éviter le syndrome du "conseil de quartier", où ce sont les citoyens déjà les plus investis qui monopolisent la parole, pendant que les invisibles qui ne vont déjà pas voter, ne s'infligent pas en plus un exercice oratoire public ?

Justifier son appellation

Avec tous ces handicaps, le grand débat national devra prouver le bien fondé de son appellation. 

"Grand", c'est à dire qu'il réunisse au moins des centaines de milliers de personnes. "Débat", c'est à dire qu'il soit constructif. 

Et "national", c'est à dire que nul territoire ne puisse s'en sentir exclu. Ni les zones rurales, ni les outre-mers. L'on imagine la complexité de la logistique à mettre en œuvre.

L'intuition d'Emmanuel Macron correspondait pourtant à une demande forte des citoyens, celle de participer plus souvent qu'une fois tous les cinq ans à définir la politique de la nation. Bien loin des analyses qui décrivent un désintérêt général pour la chose politique, la soif de participation existe. Depuis une décennie, tous les responsables politiques successifs nous promettent d'ailleurs un regain de débat. Souvenez-vous, ce fut Ségolène Royal avec la démocratie participative :

"Il faut une vraie révolution démocratique et mettre en place une vraie démocratie participative, c'est-à-dire les associer aux décisions qui les concernent". 

Ce fut Nicolas Sarkozy avec la promesse de référendums réguliers :

"Je ne serai pas le candidat d'une petite élite contre le peuple. Le référendum c'est l'esprit de la Vème République". 

Et maintenant, donc, le "grand débat national" d'Emmanuel Macron. Une bonne idée, dont la réussite réside comme souvent dans l'art de l'exécution. Lequel - pour l'instant - ne saute pas aux yeux. Un débat pour calmer la colère. Emmanuel Macron a lancé l'idée, elle est en train de lui revenir en boomerang.

Frédéric Says

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