François Fillon, le 31 janvier 2017.
François Fillon, le 31 janvier 2017.
François Fillon, le 31 janvier 2017. ©AFP - Thomas Samson
François Fillon, le 31 janvier 2017. ©AFP - Thomas Samson
François Fillon, le 31 janvier 2017. ©AFP - Thomas Samson
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Résumé

En novembre, François Fillon était présenté comme le futur vainqueur de la présidentielle. Il n'est même plus certain qu'il figure au premier tour...

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François Fillon doit avoir beaucoup péché, dans cette vie ou dans une autre, pour subir un tel déluge. Jamais sous la Vème république un candidat n'avait été pris dans une telle nasse.

Les révélations d'abord. Soupçon d'emploi fictif de sa femme comme assistante parlementaire. Embauche de sa progéniture quand il était sénateur. Piges au tarif rocambolesques de son épouse pour la Revue des deux mondes. Trois affaires, un triangle des Bermudes pour le candidat qui a placé sa campagne sous le signe de l'honnêteté.

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Ajoutez à cela des enquêtes feuilletonnesques et très bien documentées, qui accroissent les soupçons de semaine en semaine. Et qui rendent caducs les éléments de défense de la semaine précédente. Caducs voire mensongers.

Dans cette tourmente, François Fillon rappelle le héros de La Conjuration des imbéciles, Ignatius, qui se lamente de situations qu'il a lui-même provoquées.

Mesurons le désastre : en novembre, selon certains commentaires, François Fillon était déjà quasiment président de la République. Il est désormais incertain qu'il puisse figurer au 1er tour.

Cette campagne ressemble pour lui à un grand jeu de l'oie, où les coups de dés et les cases "pièges" ont tôt fait de rabaisser celui qui avait pris un peu trop d'avance. Car parmi les calamités qui touchent François Fillon, outre les titres de presse, les perquisitions et les sondages, il faut ajouter la défense de ses amis.

"Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge..."

Ses amis se chargent effectivement de lui, dans un festival de maladresses. Plus ils l'aident, plus ils le plombent. C'est ainsi que Valérie Boyer, députée LR, explique qu'elle aussi a embauché un membre de sa famille, et précise qu'il "travaillait vraiment". Sous-entendu subliminal : ce n'est pas le cas pour tout le monde.

C'est encore Gérard Longuet qui déclare hier - sans ciller - que l'embauche des enfants se "fait dans toutes les bonnes familles".

C'est enfin Bernard Debré, qui révèle au cours d'une interview sur LCP que Pénélope Fillon était aussi l'assistante de son mari à Matignon... alors qu'à l'époque elle était rémunérée par le député suppléant de la Sarthe.

Il ne manquerait plus qu'un journal people vienne ajouter sa pierre dans le jardin sarthois de François Fillon, et l'on pourrait en déduire qu'il y a quelqu'un quelque part, qui s'amuse avec sa poupée vaudou.

Certes, la vie politique en a vu d'autres et regorge d'expressions pour qualifier ces bourrasques : Jacques Chirac professait que les « emmerdes volent en escadrille » ; d'autres expliquent que « quand on monte en haut de l'arbre, il faut avoir les fesses propres ». Mais toutes ces locutions semblent encore trop optimistes pour qualifier l'état actuel du candidat de la droite et du centre.

A tel point que son remplacement n'est plus exclu, y compris par son camp...

Il faut parler, hors micro, à des fillonistes purs et durs pour comprendre à quel point la situation est désespérée. Il faut écouter leurs silences chagrinés qui suivent chacune des questions des journalistes : pourra-t-il aller jusqu'au bout ? Comment s'en sortir ? Et comment récupérer le crédit d'estime dilapidé ?

Il y a trois solutions pour ce candidat, gaulliste et chrétien revendiqué : ou bien il est blanchi par l'enquête à brève échéance, ce qui ouvre la voie à la résurrection. Ou bien, la procédure s'allonge, et il endure jusqu'au mois d'avril son chemin de croix, avec sur les épaules le poids du soupçon. Ou bien il est mis en examen, et accède au Golgotha des candidats crucifiés en pleine campagne.

Dernière chance de se rétablir, espère un filloniste de la première heure : paradoxalement, que de nouvelles affaires sortent, dit-il, et que le trop-plein finisse par victimiser François Fillon aux yeux de l'opinion. Dans cette campagne, tout est possible, y compris donc de croire aux miracles.

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production