Des manifestants à Rochefort (Charente-Maritime), le 24 novembre 2018.
Des manifestants à Rochefort (Charente-Maritime), le 24 novembre 2018.  ©AFP - Xavier Leoty
Des manifestants à Rochefort (Charente-Maritime), le 24 novembre 2018. ©AFP - Xavier Leoty
Des manifestants à Rochefort (Charente-Maritime), le 24 novembre 2018. ©AFP - Xavier Leoty
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Désormais soutenue par des personnalités du show-business, des collectifs citoyens, des syndicats, des responsables politiques : la mobilisation des "Gilets jaunes" est-elle en train de se renforcer ou de s'éparpiller ?

Quel est le point commun entre Brigitte Bardot, le rappeur Kaaris, l'humoriste Franck Dubosc et Michel Polnareff ? Réponse : ils soutiennent tous le mouvement des "Gilets jaunes". 

Quel est le point commun entre le groupe « espoir et salut de la France », catholique traditionaliste (pour dire le moins), et le comité Adama, qui dénonce les violences policières et la mort d'Adama Traoré après son interpellation par les gendarmes ? Réponse : ils défileront demain à Paris avec les "Gilets jaunes". 

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Quel est le point commun entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, Christine Boutin et François Ruffin ? Ils appellent à grossir les rangs sur les Champs-Élysées ce samedi ( ici, , et ). On arrête là ce jeu de devinettes : vous l'avez compris, la mobilisation des "Gilets jaunes", à l'origine celle des ronds-points de la France oubliée, est en train de devenir un hall de gare où se massent les groupements les plus divers et les personnalités les plus en vue. 

Certains, initialement très réticents envers ces rassemblements (émaillés ici et là d'incidents homophobes, racistes ou violents), se joignent désormais au cortège. Au nom d'une détestation commune du pouvoir, ils ont retourné leur veste, ou plutôt leur gilet. Le mouvement se transformerait-il en auberge espagnole, où chacun vient chercher ce qu'il apporte ? 

Doléances

La liste des doléances des gilets jaunes, transmise hier aux médias (sans qu'on sache d'ailleurs à quel point elle est représentative), montre bien l'extrême diversité des revendications. Dans ce document, il est question à la fois de limiter les salaires à 15 000 euros maximum, de renvoyer les déboutés du droit d'asile dans leur pays, de bien traiter les réfugiés, d'aboutir à zéro SDF, d'interdire les délocalisations et les retraites en dessous de 1 200 euros, de revenir au septennat plutôt qu'au quinquennat. Certaines doléances d'ailleurs se contredisent allègrement. Les "gilets jaunes" demandent des baisses de charges, tout en réclamant la fin du CICE - qui allège précisément les prélèvements sur les entreprises. Bref, cet inventaire emprunte à Prévert et à Ionesco. 

Ce côté attrape-tout peut être sa force. Les cohortes de gilets jaunes s'en trouveront numériquement renforcées, chaque fois plus difficile à contenir ou à dévaloriser. 

Cela peut aussi être sa faiblesse. Quand un mouvement demande tout et n'importe quoi, ne hiérarchise plus ses priorités, ajoute chaque jour des revendications particulières, il dilue évidemment sa cohésion, et donc la force de son message. 

En somme, la contestation gagne en masse ce qu'elle perd en densité. Au sein des "Gilets jaunes", nulle structuration, nul vote, nuls représentants élus ne permettent à ce mouvement de dire ce qu'il est... et surtout ce qu'il n'est pas. Et si jamais c'était là l'unique chance d'Emmanuel Macron ? Que la colère, unitaire, contre la facture à la pompe devienne un amas informe de mécontentements épars voire contradictoires ?

Frédéric Says