Pendant 90 minutes, Jean Castex a échangé avec les "viewers", par l'intermédiaire de Samuel Etienne. Un exercice inédit pour le Premier ministre. - capture d'écran
Pendant 90 minutes, Jean Castex a échangé avec les "viewers", par l'intermédiaire de Samuel Etienne. Un exercice inédit pour le Premier ministre. - capture d'écran
Pendant 90 minutes, Jean Castex a échangé avec les "viewers", par l'intermédiaire de Samuel Etienne. Un exercice inédit pour le Premier ministre. - capture d'écran
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Résumé

Le Premier ministre s'est invité sur la plateforme de diffusion vidéo en direct. Mais les promesses de "renouveau" de la parole politique sont restées sans effet.

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L’exercice est pensé pour être plus convivial, plus direct, plus spontané. Face à la caméra, Jean Castex, veste et chemise sans cravate, côte à côte avec son interviewer, le journaliste Samuel Etienne, qui reçoit le Premier ministre chez lui, en direct. 

Sur l’écran à droite : le tchat, la discussion en temps réel, où défilent les questions écrites des internautes. 

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Bref, sur la forme, c’est innovant, on est bien loin de la bonne vieille intervention sur le plateau du "20 heures". 

Et sur le fond ? Voici ce que répond Jean Castex quand un internaute lui demande s’il a des regrets depuis sa prise de fonction :

"Je pense qu'il y a des mesures qu'on aurait dû beaucoup mieux expliquer ; parce qu'on a toujours des progrès à faire sur la pédagogie”.

Une réponse taillée dans le bois le plus pur, qui aurait eu toute sa place dans un journal télévisé. 

Dans le tchat, plusieurs spectateurs disent leur ennui voire leur agacement. “Les mêmes banalités qu'on peut entendre sur toutes les ondes, aucun intérêt de le recevoir sur twitch” s’exclame un certain LoloLePedalo (c’est son pseudonyme) à 18h27. 

Cela dit, Jean Castex a prévenu dès son arrivée : il n’est pas là pour faire semblant d’être un familier de Twitch, pas là pour parler “jeune” face aux jeunes, mais simplement pour donner des explications. 

Tout juste ce natif du Gers devient un peu plus spontané quand on lui parle rugby [extrait sonore] : "Ah, la première mi-temps a été formidable."

Mais très vite, changement de ton, avec une autre question : qu’est-ce qui le plus difficile quand on est premier ministre, l’interroge un internaute. Jean Castex répond : “c’est parfois du stress, mais je suis pleinement à la tâche”. Sur le tchat, réaction immédiate : “ça esquive un max” la question, déplore l'internaute “Numéro9”. 

Auquel on a envie de répondre : “What did you expect”, comme dit le slogan publicitaire ? 

Difficile de s’attendre à autre chose de la part d’un Premier ministre. 

Une seule déclaration malencontreuse se transforme immédiatement en dépêche, la dépêche peut faire baisser la bourse et monter la contestation.

L’exercice était plus facile, la semaine passée pour François Hollande. 

L’ancien président s’en était plutôt bien sorti, grâce notamment à son goût pour les petits traits d’esprit. 

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Taux d'incidence

Evidemment, il est plus difficile de se lâcher quand on a sur les bras une crise sanitaire, 90 000 morts et l’ombre d’un reconfinement qui plane. 

C’est d’ailleurs sur ce point que Jean Castex a pu entrer dans le détail. 

"Pourquoi on ne reconfine pas l'Île-de-France, alors que la situation est quasiment aussi grave que dans le Pas-de-Calais ?", demande Samuel Etienne. Réponse du chef du gouvernement :

"il y a, en Île-de-France, des départements qui ont dépassé le seuil [de 400 cas pour 100 000 habitants]. Sauf que la grosse difficulté avec l'Île-de-France, c'est qu'on ne peut pas prendre un département isolément. Parce qu'il y a beaucoup d'échange, de flux de population. Donc on est obligés de considérer l’île-de-France globalement.”

Ce sera la seule information de la soirée, malgré les relances bonhommes mais pugnaces de son hôte. Cela fait peu sur 90 minutes d’interview.

Alors, face aux reproches en déconnexion des politiques, Twitch est-il la solution ? Les responsables publics doivent-ils investir les plateformes ? 

Doivent-ils se connecter, pour montrer qu’ils ne sont pas déconnectés ? 

Assis sur le bureau

Plus largement, comment dépoussiérer l’interview politique ? La question n’est pas nouvelle.

On évoquait ici même il y a quelques jours, Yves Mourousi, en 1985, assis d’une demi-fesse sur le bureau face au président François Mitterrand.

Quelques années plus tard, Thierry Ardisson provoquait ses invités politiques - et la polémique -, en leur posant des questions sur leur intimité.

Ce qui n’est pas, reconnaissons-le, spécialement valorisant pour la parole politique. 

Si l’on prend du recul, de tous ces exemples, on se rappelle davantage l’audace du geste que le fond du propos. 

On retient plus les questions que les réponses. En somme, le contexte plus que le texte. 

Frédéric Says

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