L'incertain référendum calédonien

Manifestation indépendantiste à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 1er octobre 2020
Manifestation indépendantiste à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 1er octobre 2020 ©AFP - Theo ROUBY
Manifestation indépendantiste à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 1er octobre 2020 ©AFP - Theo ROUBY
Manifestation indépendantiste à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 1er octobre 2020 ©AFP - Theo ROUBY
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Les indépendantistes appellent au boycott du référendum prévu le 12 décembre en Nouvelle-Calédonie. Le FLNKS estime que l’arrivée récente de l’épidémie de Covid-19 perturbe la bonne tenue du scrutin et demande son report.

Pour le moment, il n’est pas question de reporter le référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie prévu le 12 décembre prochain. L’épidémie de Covid-19, qui a brutalement surgi dans l’archipel début septembre faisant 245 morts, est actuellement en phase de repli.

La situation sanitaire est “tendue mais tenue” a sobrement commenté le ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, lors de sa visite sur place il y a quelques jours. Et il a laissé entendre que seule une reprise incontrôlée de l’épidémie pourrait amener l’Etat français à reconsidérer la question d’un éventuel report de la consultation référendaire.

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Mais les indépendantistes ne l’entendent pas de cette oreille. Dans un communiqué publié hier, le FLNKS (Front de Libération National Kanak et Socialiste) appelle le camp du OUI à l’indépendance à ne pas participer au scrutin s’il est maintenu le 12 décembre.

Le gouvernement français veut "le maintenir coûte que coûte" mais les conditions ne sont pas réunies, estime la coalition indépendantiste. Et elle demande son report au lendemain des échéances électorales prévues au printemps prochain, présidentielle et législatives.

Une mauvaise séquence pour le camp indépendantiste

La séquence de ces derniers mois, avec différents évènements qui se sont enchainés, n'est pas favorable au camp indépendantiste. 

La crise sanitaire, d'abord, empêche de faire campagne. Or les indépendantistes ont besoin de fortement mobiliser leur électorat pour espérer l’emporter. Et l’impossibilité de faire campagne, estiment-ils, associée à la peur de la maladie pourraient inciter de nombreux kanaks, et donc de nombreux partisans du OUI, à ne pas se rendre aux urnes.

Ensuite, La gestion de l’épidémie ces dernières semaines, et notamment l’envoi de nombreux renforts, médecins et infirmières, ainsi que du matériel depuis la métropole, a montré qu’il n’était pas complètement inutile, en cas de crise, de conserver un lien avec la République française. Là encore, le contexte plaide plutôt en faveur du camp loyaliste que du camp indépendantiste. On peut imaginer qu'il sera plus difficile aux partisans du OUI à l’indépendance de mobiliser leur électorat.

Enfin, un troisième évènement est survenu qui n’arrange pas du tout le camp indépendantiste : la crise des sous-marins avec l’Australie. Cette crise a une nouvelle fois mis en lumière la menace de l’expansion chinoise dans le Pacifique Sud.

Les Chinois sont partout dans les îles de l’arc mélanésien autour de l’Australie. En Papouasie Nouvelle-Guinée, aux Vanuatu, aux Samoa, aux Tonga, dans les îles Salomon. La Chine mène ce qu’on peut appeler une “diplomatie du carnet de chèques”, investissant dans des projets à millions, ce qui lui permet de s'implanter et, petit à petit, d’encercler et d’isoler l’Australie. 

Et elle lorgne avec appétit vers la Nouvelle-Calédonie. L’argument a une nouvelle fois été brandi par le camp loyaliste : si les français s'en vont, aussitôt les chinois vont débarquer. Il vaut donc mieux rester français.

Cette succession d’évènements n’est donc pas propice à la mobilisation du camp indépendantiste qui redoute une troisième victoire du NON à l’indépendance. Rappelons que se sont déjà tenus deux référendums, le premier en novembre 2018, le second en octobre 2020.

Bras de fer avec l'État français

les indépendantistes choisissent une logique de confrontation et la question n’est pas simple à traiter pour Emmanuel Macron et son ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu. Car si le camp du OUI boycotte le scrutin, certes, le NON à l’indépendance va l’emporter. 

Mais le résultat sera contesté. Ce qui occasionnera des tensions voire des violences, et on a vu dans les années 1980 à quel point la situation pouvait dégénérer. L’exécutif français va donc y regarder à deux fois avant de balayer d’un revers de main cet appel au boycott et cette demande de report.

Il faut bien considérer que, pour les indépendantistes, ce troisième référendum est crucial. C’est le dernier prévu par les accords de Nouméa. Il n’y en aura pas d’autres. Or ils ont un réel espoir de l’emporter. Le premier référendum a donné 43% en faveur du OUI, le deuxième, 47%. Alors ils se disent que la dynamique est en leur faveur et que le troisième sera le bon. Ils n’ont donc pas l’intention de manquer ce rendez-vous. 

Les leaders actuellement à la tête du FLNKS sont encore, pour beaucoup, de vieux militants de la cause indépendantiste. Ca fait des dizaines d’années qu’ils s’investissent. Ils ont connu les années Tjibaou. Et ce troisième référendum, pour eux, c’est un peu comme un graal, comme un aboutissement de plusieurs décennies de combat. C’est la raison pour laquelle cette question est aussi sensible et épidermique.

Jusqu’ici, le ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, a montré beaucoup d’habileté dans la gestion de ce dossier. En réussissant notamment à imposer la date du 12 décembre sans trop de récriminations et sans heurts. Cet appel au boycott constitue pour lui une nouvelle et une sérieuse difficulté.

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