Eric Zemmour entouré, le 22 janvier à Cannes, des personnalités ralliées à sa cause : Jérôme Rivière, Gilbert Collard, Philippe de Villiers, Guillaume Peltier.
Eric Zemmour entouré, le 22 janvier à Cannes, des personnalités ralliées à sa cause : Jérôme Rivière, Gilbert Collard, Philippe de Villiers, Guillaume Peltier.
Eric Zemmour entouré, le 22 janvier à Cannes, des personnalités ralliées à sa cause : Jérôme Rivière, Gilbert Collard, Philippe de Villiers, Guillaume Peltier. ©AFP - Bertrand Guay
Eric Zemmour entouré, le 22 janvier à Cannes, des personnalités ralliées à sa cause : Jérôme Rivière, Gilbert Collard, Philippe de Villiers, Guillaume Peltier. ©AFP - Bertrand Guay
Eric Zemmour entouré, le 22 janvier à Cannes, des personnalités ralliées à sa cause : Jérôme Rivière, Gilbert Collard, Philippe de Villiers, Guillaume Peltier. ©AFP - Bertrand Guay
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Résumé

Quel est le point commun entre Gilbert Collard et Aymeric Caron ? Dans cette campagne, ils symbolisent ce qu’on pourrait appeler la saison des ralliements.

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Il l’a annoncé hier dans le Journal du dimanche. Aymeric Caron rejoint Jean-Luc Mélenchon.

Ancien chroniqueur chez Laurent Ruquier, journaliste, militant de la cause animale, Aymeric Caron fait partie des nouvelles recrues que l’équipe de la France insoumise met en valeur.

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La semaine dernière, deux autres ralliés avaient même eu droit à une ovation, lors du meeting insoumis à Nantes. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, proche de Benoît Hamon, et Sébastien Jumel, député communiste. 

A l’autre bout du spectre, ce week-end, Eric Zemmour s’est affiché avec ses prises de guerre.

L’avocat Gilbert Collard, eurodéputé, jusqu’ici membre du Rassemblement national de Marine Le Pen…

Autre recrue : Jérôme Rivière, moins connu, mais qui était au RN le chef de file des députés européens.

Tout sourire, les deux hommes entouraient Eric Zemmour ce samedi à Cannes. 

Tout sourire, mais pas bouche bée. Pour justifier leur traversée du guet, ils ont souligné leur déception à l’égard de Marine Le Pen. “Pas assez authentique”, accuse Collard. “Trop changeante”, renchérit Jérôme Rivière. Rivière qui a donc franchi le Rubicon. 

Les ralliements ont ce premier intérêt stratégique. Ils permettent de déstabiliser un adversaire...

Oui, souvenez-vous de la campagne de 2007. Nicolas Sarkozy avait utilisé Eric Besson, transfuge du Parti socialiste, pour dénigrer Ségolène Royal. Exemple lors de ce JT de France 3, dont Eric Besson était l’invité en avril 2007 : 

"Ségolène Royal n'est pas selon moi en situation de gouverner la France. Je considère que Nicolas Sarkozy est la plus qualifié pour diriger la France".

Eric Besson qui sera nommé ministre quelques jours plus tard. Derrière les ralliements, il y a la question des idées, des programmes, bien sûr, mais aussi des places. 

Aymeric Caron le dit d’ailleurs très franchement dans le JDD : il compte se présenter aux législatives, en juin prochain, sous la bannière de Jean-Luc Mélenchon.

Dans une campagne, les ralliements sont devenus des événements, mis en scène comme tels. 

Chaque candidat exhibe ses nouveaux convertis. Ils sont la preuve de l’attractivité d’une candidature ; ils sont le signe d’une capacité à rassembler ; ils sont le baromètre d’une dynamique en cours. C’est en tout cas le récit qu’en font les états-majors de campagne.

Et chez les candidats qui peinent à attirer les ralliements ? Eh bien ils n’hésitent pas à les fantasmer, faute de mieux. Ecoutez Nicolas Dupont-Aignan, hier, dans le journal de France 2 : 

"Je voudrais faire venir dans mon gouvernement Jean-Pierre Pernaut pour le mettre ministre de l'Aménagement du territoire (...) Je suis sûr qu'il ferait un magnifique ministre".

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Précisons que Jean-Pierre Pernaut a refusé cette offre dès hier après-midi. 

Plusieurs cadres de chez Nicolas Dupont-Aignan, en revanche, ont rejoint Eric Zemmour. Lequel y voit une validation de sa stratégie dite de “l’union des droites”. 

Mais alors transfuge, est-ce une bonne situation ? Pas forcément. 

Le rôle est difficile : accueilli en héros par ceux qu’il rejoint, perçu en Judas par ceux qu’il quitte. 

Qui a trahi trahira. Les ralliés sont nimbés d’un soupçon, entourés d’une méfiance. 

En 2017, par exemple, le candidat Emmanuel Macron apprend le ralliement de Manuel Valls. Et sa première réaction, disons, n’est pas des plus chaleureuses : 

"Je n'ai pas fondé une maison d'hôtes (...) Je vais consacrer mon énergie à porter un projet cohérent. Et pas du tout à parler des vicissitudes des partis qui ne m’intéressent pas”.

Autrement dit, Manuel Valls représente alors le gouvernement sortant, lesté de son impopularité.  Pas forcément un cadeau pour le candidat Macron, qui se dit affranchi des vieux partis et du "système". 

Le concours du nombre de ralliements peut même s’avérer contre-productif. En 1995, nombre de poids lourds à droite rejoignent Edouard Balladur et lâchent Jacques Chirac.

Ce dernier bâtira l’image d’un homme meurtri, bafoué, poignardé par des seconds couteaux, à l’image de sa marionnette aux Guignols de l’info… Ce qui contribuera à raffermir sa cote de popularité, jusqu’à la victoire finale. 

Preuve que la course aux débauchages est périlleuse. Les ralliements peuvent passer pour des reniements ; et les nouveaux arrivés... pour de nouveaux arrivistes. 

Frédéric Says