La "bonne place" des corps intermédiaires doit-elle être un dialogue houleux filmé par des caméras ?

Echanges tendus vendredi entre Bruno Le Maire et un syndicaliste CGT PSA à Mulhouse puis samedi entre Emmanuel Macron et un syndicaliste FNSEA au salon de l'agriculture à Paris
Echanges tendus vendredi entre Bruno Le Maire et un syndicaliste CGT PSA à Mulhouse puis samedi entre Emmanuel Macron et un syndicaliste FNSEA au salon de l'agriculture à Paris ©Maxppp - Jacques WITT / MAXPPP // SEBASTIEN BOZON / AFP
Echanges tendus vendredi entre Bruno Le Maire et un syndicaliste CGT PSA à Mulhouse puis samedi entre Emmanuel Macron et un syndicaliste FNSEA au salon de l'agriculture à Paris ©Maxppp - Jacques WITT / MAXPPP // SEBASTIEN BOZON / AFP
Echanges tendus vendredi entre Bruno Le Maire et un syndicaliste CGT PSA à Mulhouse puis samedi entre Emmanuel Macron et un syndicaliste FNSEA au salon de l'agriculture à Paris ©Maxppp - Jacques WITT / MAXPPP // SEBASTIEN BOZON / AFP
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Deux échanges tendus entre des syndicalistes et Emmanuel Macron d'un côté, Bruno Le Maire de l'autre. Deux échanges filmés qui semblent destinés davantage à convaincre l'opinion qu'à construire le dialogue social ou rassurer les partenaires sociaux. Un Billet politique de Ludovic Piedtenu

Emmanuel Macron aime les étincelles et la confrontation. On a entendu plusieurs fois au cours du week-end l'expression "descendre dans l’arène". La visite d'Emmanuel Macron au salon de l'agriculture était annoncée comme délicate depuis plusieurs jours. Mais on savait aussi, l'Elysée communiquait extrêmement sur cela, qu'il allait y passer un temps record. Bref, la confrontation était inévitable. On allait voir ce qu'on allait voir. Et dans cette dramaturgie, chacun de se demander s'il allait pouvoir garder son calme contrairement à l'un de ses prédécesseurs il y a 10 ans. 

"Casse toi pauv' con" - Nicolas Sarkozy en 2008 au salon de l'agriculture

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Cette séquence a poursuivi Nicolas Sarkozy tout son quinquennat. L'ancien Président de la République dans un livre paru en 2016 admettra qu'avec cette saillie il avait "abaissé la fonction". Emmanuel Macron répète à l'inverse et à l'envie qu'il a à cœur de la revaloriser, en jouant ou en surjouant les dimensions symboliques, aux frontières parfois d'un pouvoir absolutiste, nourrissant chaque jour un peu plus le concept de monarque républicain.  Avec une différence de taille, la confrontation n'est pas dans le registre du monarque. Et c'est là qu'il casse les codes ! 

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Macron : "Venez parler !"

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Emmanuel Macron prend chacune de ses sorties comme un sondage express. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Est-ce que les gens acceptent de me serrer la main ? Est-ce qu'ils me sifflent ? Avec le courrier qu'il reçoit à l'Elysée et les notes de synthèse qui en sont tirées, c'est un autre thermomètre dont il dispose pour juger de l'opinion.  Et il prend du plaisir, dans cette séquence au salon de l'agriculture, on le lit sur son visage, il aime interpeller ses contradicteurs, défendre son point de vue et c'est lui ici qui rajoute de la tension.

Le syndicaliste FNSEA à Macron : "vous vous calmez !"

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Ce sont ses interlocuteurs, des céréaliers syndicalistes FNSEA, qui lui demandent de se calmer. Il est fier de sa fonction et il en joue, "ils n'iront pas vous chercher, vous". Ce dialogue au salon de l'agriculture a été maintes fois diffusé ces dernières 48 heures. Une autre vidéo n'a été vue, si j'ose dire, qu'à peine 700 000 fois sur Youtube. C'était vendredi et elle mettait en scène Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances face à un délégué CGT de Peugeot PSA à Mulhouse (NDLR : candidat Lutte Ouvrière aux élections législatives de 2017)

"Ils sont obèses de fric !" lance Salah Keltoumi délégué CGT PSA Mulhouse

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Face à ce cri de colère, Bruno Le Maire se braque... Il ne supporte pas qu'on lui hurle dessus, un peu à l'image d'Emmanuel Macron. La seule différence, c'est que lui ne va pas réussir à retourner son contradicteur. Il va même jeter de l'huile sur le feu.

"Vous faites partie de ces gens qui menaient le pays à sa ruine !" réplique Bruno Le Maire

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Macron avait face à lui des représentants de la FNSEA. Et ils sont repartis quasiment avec le sourire. Bruno Le Maire, là est face à la CGT, un électorat différent aussi, et ne va pas s’embarrasser et il donne la ligne du gouvernement.

"Le peuple français compte plus que trois syndicalistes" conclue Bruno Le Maire

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C'est un argument que l'on avait déjà entendu à l'automne dernier au moment des ordonnances réformant le code du travail. C'est dans l'air également pour le statut des cheminots à la SNCF. C'est bien là dessus que le ministre est interpellé par ce syndicaliste juste avant le week-end. Bruno Le Maire semble confirmer la trajectoire qui pourrait être celle du gouvernement. Qui passe par dessus toute discussion, toute négociation, tout débat parlementaire. On attend le discours à ce sujet d'Edouard Philippe dans la matinée. Demain, la ministre du travail Muriel Pénicaud détaillera ce qu'elle surnomme son "big bang" de la formation professionnelle en lieu et place de l'accord conclu la semaine dernière entre patronats et syndicats qu'elle a jugé insuffisant.  Emmanuel Macron avait eu ces mots pendant sa campagne au sujet de ces corps intermédiaires. "On en a besoin, disait-il, "mais à la bonne place" ajoutait-il.  

Reprenons la séquence au salon de l'agriculture devant les caméras, Emmanuel Macron ne s'adresse pas à des syndicalistes de la FNSEA mais bien aux Français qui voient ces images. Emmanuel Macron préfère jouer l'opinion contre les supposés représentants de cette opinion.

Ludovic Piedtenu

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