Deux cents ans après la mort de Napoléon, Emmanuel Macron a revendiqué une "commémoration éclairée", plutôt qu'une "célébration exaltée".
Deux cents ans après la mort de Napoléon, Emmanuel Macron a revendiqué une "commémoration éclairée", plutôt qu'une "célébration exaltée".  ©AFP - Sarah Meysonnier
Deux cents ans après la mort de Napoléon, Emmanuel Macron a revendiqué une "commémoration éclairée", plutôt qu'une "célébration exaltée". ©AFP - Sarah Meysonnier
Deux cents ans après la mort de Napoléon, Emmanuel Macron a revendiqué une "commémoration éclairée", plutôt qu'une "célébration exaltée". ©AFP - Sarah Meysonnier
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Le discours d'Emmanuel Macron pour commémorer la mort de Napoléon, hier, préfigure une campagne centrée autour de l'idée d'une grandeur perdue.

L'élection de 2022 se jouera-t-elle sur le sentiment de déclin ? C'est aussi avec cette question en tête que l'on peut interpréter la commémoration hier des deux-cents ans de la mort de Napoléon.  

Bien sûr, dans son discours, Emmanuel Macron a souligné les errements, les fautes du personnage, comme le rétablissement de l'esclavage, « trahison de l'esprit des lumières » selon les mots du président.  

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Mais au total, dans ce portrait en « clair-obscur », comme l'a qualifié lui-même le chef de l’État, Napoléon est envisagé bien plus comme une inspiration que comme un repoussoir. Par exemple :

"La vie de Napoléon est d'abord une ode à la volonté politique (...) On aime Napoléon, parce que sa vie a le goût du possible. Parce qu'elle est une invitation à prendre son risque (...). Ainsi de son génie militaire (...) fait d'un écart avec les schémas classiques, qui lui permit d'atteindre les sommets."

« Prendre son risque », « bousculer les schémas classiques pour atteindre les sommets »... On entend presque Emmanuel Macron raconter sa campagne improbable de 2017.  

Dans son discours, il salue aussi le génie stratégique, organisationnel de Napoléon, L'attrait pour la science et le droit. Le code civil contre le féodalisme, idée nouvelle, exportée dans toute l'Europe.  

En filigrane de cette démonstration d'Emmanuel Macron, il y avait donc une forme de nostalgie, celle pour une France plus influente, plus étendue, plus décisive. 

Conversion ?

Ces jours-ci, beaucoup d'analyses évoquent une "conversion" d'Emmanuel Macron au roman national.  

Loin de sa campagne de 2017.

En quatre ans, il serait passé, pour caricaturer, de l'esprit start-up au récit patriotique, de la disruption à la commémoration, bref : de Steve Jobs à Jules Michelet.  

Cette analyse est séduisante mais un peu rapide. Dès 2016, Emmanuel Macron avait surpris en prononçant un hommage à Jeanne d'Arc.  

Là encore, il exaltait une volonté personnelle qui change le destin collectif. Le tout face à un ennemi extérieur.  

Napoléon après Jeanne d'Arc et bien d'autres, il y a ici chez Emmanuel Macron de la stratégie et de la tactique.  

La stratégie, c'est de stimuler une fierté commune chez les Français, ce peuple paradoxal qui ne s'aime pas tout en étant sûr de sa valeur.  

Le sentiment de déclin et la recherche d'une grandeur perdue ne sont d'ailleurs pas nouveaux. On l'a oublié, mais le mot « grandeur » fut le dernier prononcé par Valéry Giscard d'Estaing dans son discours de départ :  

"Je souhaite que la providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir."

Voilà, grandeur, le dernier mot, à part la formule de politesse restée célèbre.

Stratégie, donc, et puis il y a la tactique. A un an de la présidentielle, les concurrents les plus dangereux se nomment Marine Le Pen et Xavier Bertrand.

Tous deux dépeignent Emmanuel Macron en incarnation du vide, des modes, d'une identité floue et désincarnée.

Par ces éloges en clair-obscur des grandes figures, le président de la République leur adresse une réponse : "vous n'avez pas le monopole de l'Histoire".

Voici le « En même temps » appliqué au roman national.

Frédéric Says

L'équipe