La "cohabitation renversée" de François Hollande

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C'est probablement une des plus belles pirouettes de l'histoire de la Vème République, qui pourtant en a vu d'autres. Du genre de celles auxquelles on se livre quand on en est réduit à faire des paris politiques risqués, que l'on ne peut plus que renverser la table.

C'est précisément la position du président. Et c'était peu ou prou, la position de Gerhard Schröder au début des années 2000 en Allemagne. Le SPD en ce temps-là, orphelin d'Oskar Lafontaine, se divisait sur la politique à suivre : quelle inspiration ? Centre gauche ? Centre droit ? Politique de l'offre ? De la demande ? Que faire pour tenter de soigner "l'homme malade de l'Europe" ?

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On connaît l'option qui avait été retenue : la modernisation par le libéralisme, la priorité absolue donnée à la compétitivité, l'appel aux patrons, la flexibilité, et la réduction des indemnités chômage, jugées trop généreuses, et contre-productives. Schröder aurait pu appeler ça le "pacte de responsabilité". Mais, plus sobre peut-être, il a choisi "Agenda 2010". Il y a encore débat en Allemagne, pour savoir s'il faut mettre au crédit des réformes Peter Hartz-Gerhard Schröder la bonne santé économique allemande. Ou s'il faut au contraire les tenir pour responsables de la précarité à laquelle est confrontée une grande partie des travailleurs

Mais à l'époque, le débat n'était pas là. Gerhard Schröder avait fini par choisir son cap, par assumer pleinement son penchant social-démocrate. Il avait décidé d'accélérer, de "prendre son risque", pour reprendre l'expression utilisée hier par le Président Français. Faisant cela, il s'était fâché avec une bonne partie de ses amis. Et c'est comme s'il s'était fabriqué à lui tout seul sa "grande coalition", pour pouvoir gouverner large. Un peu comme François Hollande, aujourd'hui, se construit tout seul sa "petite cohabitation"...

Oui, une "petite cohabitation", discrète, qui ne dit pas son nom. Cohabitation renversée d'un président reposant sur une majorité issue du discours du Bourget, mais qui se souvient qu'il a été élu, lui, par François Bayrou.

Homme de synthèse, François Hollande sait bien que les Français aiment le centre, surtout en dehors des périodes électorales. Hier, d'ailleurs, il a évoqué à plusieurs reprises les enquêtes d'opinion, ce qui est plutôt inhabituel dans sa bouche. Come s'il comptait désormais imposer son pacte de responsabilité à ses amis et aux autres, par l'opinion, qui jusqu'à maintenant, c'est vrai, semble trouver plutôt judicieuse l'idée du pacte de responsabilité.

C'était aussi la tactique adoptée il y a dix ans par Gerhard Schröder, dans un contexte socio-économique certes différent. L'Allemand avait réussi à mettre en place son agenda 2010. Mais deux ans plus tard, il n'était plus chancelier.

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