Le drapeau kanak dans la baie de Saint Maurice au large de l'Île des Pins en Nouvelle Calédonie le 17 mai 2021
Le drapeau kanak dans la baie de Saint Maurice au large de l'Île des Pins en Nouvelle Calédonie le 17 mai 2021 ©AFP - Théo Rouby
Le drapeau kanak dans la baie de Saint Maurice au large de l'Île des Pins en Nouvelle Calédonie le 17 mai 2021 ©AFP - Théo Rouby
Le drapeau kanak dans la baie de Saint Maurice au large de l'Île des Pins en Nouvelle Calédonie le 17 mai 2021 ©AFP - Théo Rouby
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Quel avenir pour la Nouvelle-Calédonie ? Que se passe-t-il en cas de victoire du OUI à l'indépendance lors du troisième référendum qui se tiendra dans moins d'un an et demi. Des discussions sont organisées à Paris avec des élus calédoniens mais elles ont peu de chances d'aboutir.

Une vingtaine de responsables politiques calédoniens sont actuellement à Paris et sont attendus cet après-midi à Matignon. Chaque groupe politique (il y en a trois) aura droit à un entretien de 45 minutes avec le Premier ministre, Jean Castex. A la suite de quoi, certains d’entre eux, pas tous, seront conviés à un dîner avec leur hôte.

Celui-ci les a officiellement invités le 6 avril dernier alors que le congrès de Nouvelle-Calédonie s’apprêtait à officiellement demander la tenue du troisième référendum sur l’indépendance prévu par l’accord de Nouméa. 

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Il leur a écrit et leur a dit : venez à Paris, venez discuter de l’avenir de l’archipel, de ce qui se passe au lendemain du référendum, que ce soit le oui ou le non qui l’emporte. Il faut discuter et il faudra négocier étant donné que l’accord de Nouméa ne prévoit rien après cette ultime consultation. Si le OUI l’emporte, qu’est-ce qu’on fait ? Et si le NON l’emporte, qu’est-ce qu’on fait ? “le gouvernement est à disposition pour en parler" avait promis Jean Castex quand il avait lancé l’invitation, début avril.

Une semaine de discussions sont donc prévues jusqu’à mardi prochain. Seulement, ça démarre mal parce qu’une partie des indépendantistes n’ont pas répondu favorablement à l’invitation. Les représentants de l’UNI, l’Union Nationale pour l’Indépendance, n’ont pas fait le déplacement. “Il n’y a pas d’urgence", se sont-ils justifiés. Et puis "le format et l’ordre du jour ne sont pas clairs”. Et donc, ils ne sont pas là.

Sont présents, en revanche, les représentants de l’UC, l’Union Calédonienne, l’autre formation indépendantiste concurrente. Mais eux, dans ces conditions, ont expliqué qu’ils n’étaient pas là pour discuter ou négocier quoique ce soit. ils sont venus pour se renseigner et prendre de l’information. Pour le reste, ont-ils ajouté, ils n’ont “pas de mandat”.

Des négociations sont nécessaires

Ces rencontres devraient donc se résumer à un tête-à-tête (si l'on peut dire) entre le gouvernement et les loyalistes. Sans les indépendantistes, ou avec seulement quelques-uns d'entre eux en spectateurs, il ne sera pas possible d’entamer le débat. Et pourtant, il serait nécessaire de discuter de tout ça en amont. Quelles seraient les conséquences du OUI ou du NON à l’indépendance ?

A cet effet, le ministère de l’Outre-Mer a constitué un document qu’il a remis, il y a deux semaines, à tous ceux qui sont invités à Paris par Jean Castex. C’est un document de 46 pages qui listent ce qu’il conviendra de faire si c’est le OUI ou si c’est le NON qui l’emporte. Si c’est le OUI, si la Nouvelle-Calédonie prend son indépendance, les obligations pour le nouvel Etat souverain sont innombrables. 36 pages du document y sont consacrées. 

Il faut déjà envisager les conséquences économiques. Les transferts financiers de l’Etat français en Nouvelle-Calédonie représentent 1 milliard 500 millions d’euros par an. Il y a le salaire des fonctionnaires sur place, les dépenses de fonctionnement, d’investissement. Ca représente 18% du PIB de l’archipel. Il y a le soutien à la filière nickel qui se compte en centaines de millions d’euros, les dotations aux collectivités territoriales, 250 millions. S’il n’y a plus tout ça, comment fait-on ? Comment fait le nouvel Etat souverain pour financer ? Et comment peut-on l’accompagner ? il faut en discuter.

Il faut aussi prendre en compte que l’université sur place ne délivrera plus de diplômes français. Ce seront des diplômes à priori calédoniens. Quelle valeur auront-ils ? Maintient-on un partenariat avec la France ? Il n’y aura plus d’Erasmus. Les calédoniens ne bénéficieront plus de la citoyenneté européenne et de la libre circulation dans l’espace Schengen. Bref, il y a tout un tas de conséquences qu’il faut envisager. Et même si c’est le NON qui l’emporte, il faut rediscuter du contour institutionnel de la place de Nouvelle-Calédonie dans la République française. Ce n'est pas prévu actuellement dans les accords.

Le blocage tient à deux raisons essentielles

La première tient au résultat des deux premiers référendums. En 2018, Le OUI à l’indépendance avait recueilli 43% des suffrages. Score inespéré. On promettait aux indépendantistes une bérézina et au vu d’un tel résultat, ils se sont dits : "finalement c’est possible ?!!”. Et puis octobre 2020. Deuxième référendum. Le OUI a progressé pour atteindre 47%. Et là, les indépendantistes ont aussitôt interprétés ce résultat par : “on y est presque, le troisième sera le bon.“ 

Et donc, ils en sont là. Ils sont obnubilés par ce graal qui leur tend les bras. Ils sont un peu comme ce sauteur à la perche qui est à 1 centimètre du record du monde. Il faut qu’il passe cette barre. Il ne pense plus qu’à ça ! Pas aux conséquences. pas au fait qu’il peut se blesser. Non. Uniquement à cet objectif qui est à sa portée et pour lequel il s’est battu pendant tant d’années. Et donc, pour les indépendantistes kanaks, ce n’est pas le moment de discuter. On verra après. Il faut d’abord gagner.

Et puis la deuxième raison tient au fait que du côté de l’Etat français, il n’y a pas véritablement d’interlocuteur fiable et crédible. Jean Castex ? Il s’en fiche. Il n’y connaît rien et il a autre chose à faire. Une crise sanitaire à gérer. Emmanuel Macron ? Son conseiller spécial pour la Nouvelle-Calédonie n’a jamais mis les pieds en Nouvelle-Calédonie. Quand au ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, il fait ce qu’il peut mais ce n’est pas lui qui prend les décisions. Autrement dit, personne n’a vraiment su remplacer l’ancien premier ministre, Edouard Philippe, qui avait lui pleinement embrassé ce dossier calédonien.

Et donc, tout concoure à ce que la situation s’enlise. Et pourtant, la ligne d’arrivée est toute proche. Dans moins d’un an et demi, ce sera la fin de l’accord de Nouméa. Le processus initié par Michel Rocard en 1988 s’achèvera. Eet rien n’est prévu pour la suite.

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