France Culture
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Le quinquennat est marqué par des contradictions au sujet de l'énergie atomique.

L'opposition parlera de « revirement », la majorité d' « adaptation ». 

Mais quel que soit le mot que l'on retient, la réalité est là : sur le nucléaire, la ligne directrice du quinquennat est aussi claire qu'une nuit brumeuse. 

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Emmanuel Macron, on l'a dit, se rend à Belfort aujourd'hui pour dévoiler de nouveaux investissements pour l'énergie atomique. 

Un symbole : dans l'avion présidentiel, il a convié Jean-Pierre Chevènement, partisan historique du nucléaire, qui colle à la ligne de cette fin de quinquennat. 

Un quinquennat débuté avec Nicolas Hulot, dont la position était celle-ci : 

"Le nucléaire n'est plus une énergie d'avenir !" 

Nicolas Hulot sur France Inter, en mars 2018, il était alors ministre de l'environnement. 

Au-delà de ce symbole, le tête-à-queue du quinquennat s'illustre aussi par les décisions. 

Emmanuel Macron annoncera tout à l'heure, selon Le Figaro, un plan d'investissement massif pour 6 réacteurs de type EPR.

Le quinquennat avait pourtant commencé avec la fermeture de la centrale de Fessenheim. Fermeture décidée par François Hollande et exécutée par Emmanuel Macron... 

Malgré les doutes de son premier ministre Édouard Philippe, et de Brune Poirson, à l'époque secrétaire d’État à la transition écologique, qui nous avait confié, hors micro, son désarroi face à cette décision. 

Là encore, une impression de tête à queue : le quinquennat commence par la fermeture d'une centrale, et il termine par la commande de nouveaux réacteurs. 

Et ce n'est pas la seule contradiction, si l'on remonte un peu dans le temps.
 

A Belfort, Emmanuel Macron doit aussi annoncer une mesure de souveraineté énergétique : l'achat par EDF d'une technologie indispensable pour les centrales françaises : des turbines, les turbines Arabelle. 

Or, cette même technologie avait été vendue en 2014 à l'américain General Electric. Opération à l'époque autorisée par le ministre de l'économie, un certain Emmanuel Macron. 

Voici donc bien des zig zag, pour un domaine de la plus haute importance. 

D'ailleurs, le gouvernement ne nie pas ces contradictions. Il explique simplement avoir pris conscience des besoins gigantesques en électricité décarbonnée qui attendent la France dans les années à venir. 

Pour s'expliquer, à l'abord du scrutin, Emmanuel Macron pourra toujours réemployer cette formule : "j'ai appris", répétée lors de la dernière interview présidentielle, sur TF1 en décembre. 

D'ailleurs le changement d'avis n'a pas toujours mauvaise presse. 

Victor Hugo, qui fut aussi immense poète que politicien passable, en a fait l'éloge. 

« L'opinion d'un homme peut changer honorablement, écrit-il en 1834, pourvu que sa conscience ne change pas ». 

Pour Victor Hugo, une opinion qui ne change jamais, c'est comme une "eau stagnante" ou comme un "arbre mort".

Eh bien sur le nucléaire, l'eau est vive et l'arbre bien vivant !

Frédéric Says

L'équipe