Le plateau "archipellisé" du débat présidentiel, animé par Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1).
Le plateau "archipellisé" du débat présidentiel, animé par Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1).
Le plateau "archipellisé" du débat présidentiel, animé par Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1). ©AFP - Ludovic Marin
Le plateau "archipellisé" du débat présidentiel, animé par Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1). ©AFP - Ludovic Marin
Le plateau "archipellisé" du débat présidentiel, animé par Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1). ©AFP - Ludovic Marin
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Résumé

Un débat président, nous l'évoquions ici-même, c'est l'exercice où il faut garder ses nerfs. Marine Le Pen s'y est appliquée, au risque de se voir dominée par son adversaire.

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Les deux candidats avaient beaucoup à se faire pardonner. Marine Le Pen voulait effacer son débat d'il y a cinq ans. Emmanuel Macron souhaitait faire oublier les points contestables de son bilan. Tous les deux y sont parvenus.

La candidate du Rassemblement national a délaissé la rhétorique agressive. Elle est apparue attentive, sérieuse, presque effacée.

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Son contradicteur en a profité. Résolument offensif, Emmanuel Macron a pilonné sur les points faibles traditionnellement reprochés au RN : liens avec la Russie, projet discriminatoire, chiffrage du programme imprécis.

Résultat : parfois, on a eu l'impression Marine Le Pen était la présidente sortante, obligée de se justifier sur ses choix.

Durant les trois heures de débat, la candidate a semblé hésiter sur sa stratégie. A la fois contrainte d'attaquer pour refaire son retard ; mais en même temps obligée de se modérer pour paraître présidentiable.

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Résultat de cet "entre-deux" : les piques lancées à son adversaire sont amollies, confuses et souvent inoffensives : 

"- La réforme que vous proposez [sur l'école] est une réforme qui consiste à payer les professeurs en fonction des résultats de leurs élèves. Je ne sais pas si c'est McKinsey qui a proposé ça...                
- Ah je l'attendais, celle-là !"

Emmanuel Macron, lui, souffle le chaud et le froid. Il attaque, puis se reprend, et baisse la voix. Il souligne des points d'accord avec sa rivale. Regard ironique et sourire en coin, souvent à la limite de la condescendance, le président donne le tempo.

Lui suffisant ; elle insuffisante. Ce débat a cristallisé les points faibles connus des deux candidats.

Marine Le Pen, bousculée, est parfois poussée à la faute. Comme lorsqu'elle mélange maladroitement deux sujets distincts : 

"- L'image que j'ai de la France : c'est une puissance mondiale, pas seulement européenne. Or, on n'a pas parlé de l'Afrique, avec laquelle il faut évidemment développer des nouvelles relations. On n'a pas parlé de nos Outre-mer, qui sont...          
- Qui ne sont pas l'étranger, madame Le Pen"          
- Non, non, d'accord..."

Les échanges dessinent ensuite deux conceptions de l'universalisme à la française. Interdire le port du voile dans la rue, c'est renier les valeurs des Lumières, assène Emmanuel Macron. Laisser prospérer l'idéologie islamiste, c'est faire progresser l'obscurantisme, répond en substance Marine Le Pen.

Les deux candidats n'oublient pas d'adresser des clins d'œil à l'électorat de Jean-Luc Mélenchon.

La représentante du RN déplore les effets du libre-échange sur le climat, les "ordonnances travail", la réforme de l'assurance chômage.

Emmanuel Macron, lui, répète le concept de "planification écologique", emprunté au troisième homme de cette élection.

Décor politique

Le président sortant pense-t-il qu'il a déjà gagné ? En témoigne ce petit lapsus, passé inaperçu, juste avant l'entrée sur le plateau :

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"Tout ce que nous avons fait durant les cinq années qui viennent", dit Emmanuel Macron. C'est ce qui s'appelle "enjamber l'élection".

Meuble

Tout est politique, y compris le mobilier. On l'a vu au Kremlin, avec les immenses tables de Vladimir Poutine.

Or, pour ce débat, que nous enseigne le décor ? Premier point inédit : il n'y avait pas de grande table commune - celle qui réunit habituellement les journalistes et les débatteurs.

A la place, à chacun son bureau. A chacun son mobilier personnel. Séparé. Avec les intervieweurs à quatre mètres de là, en contrebas. Exigence de l'entourage des candidats.

Comment mieux illustrer la campagne que nous venons de vivre ? Une campagne en silo. Chaque prétendant dans son coin, dans son sillon, dans sa bulle, parlant à ses propres sympathisants via les réseaux sociaux. Bloc contre bloc. Avec une presse tenue à distance.

Le mobilier "fragmenté" d'hier soir fut une illustration physique de "l'archipellisation politique", décrite par le politologue Jérôme Fourquet.

Disparue, la table commune de débat, celle qui rassemble les interlocuteurs. Comme un triste symbole de notre difficulté à dialoguer et à produire du commun.

Frédéric Says

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