Jean Lassalle en février 2017 et Philippe Poutou en mars 2022.
Jean Lassalle en février 2017 et Philippe Poutou en mars 2022. ©AFP - Joël Saget / Sébastien Bozon
Jean Lassalle en février 2017 et Philippe Poutou en mars 2022. ©AFP - Joël Saget / Sébastien Bozon
Jean Lassalle en février 2017 et Philippe Poutou en mars 2022. ©AFP - Joël Saget / Sébastien Bozon
Publicité

DUEL DE CANDIDATS (3/6). Deux candidats parfois présentés comme légers, amusants voire folkloriques. Pourtant, il faut lire leurs programmes pour briser cette image d’Épinal.

Ils sont parfois présentés avec un brin de condescendance comme des candidats sympathiques, voire folkloriques. Quasiment des amuseurs, venus égayer les débats sérieux. 

Philippe Poutou, son sourire timide, ses réparties saillantes, sa gouaille d’ancien ouvrier automobile. 

Publicité

Jean Lassalle, son accent béarnais, sa voix de stentor et son mètre 90. Voilà pour les clichés, qui évitent en général d’aborder leurs programmes. Pourtant, ces programmes tranchent avec toute impression de légèreté et d’amusement. 

Philippe Poutou d’abord. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste dénonce une France coloniale, en allusion aux territoires d’Outre-mer, mais aussi à la Corse. Le NPA défend une décolonisation de ces territoires, je cite, passant par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

Au chapitre économique, le NPA projette d’arrêter ce qu’il nomme les “productions inutiles”, armement et publicité, réduction drastique du transport aérien. Temps de travail de 32 heures, SMIC à 1800 euros nets. Une économie socialisée autour de pôles publics. Bref, sur l’économie, Philippe Poutou, qui possède un vrai capital-sympathie, n’a en revanche pas de sympathie pour le capital. 

A l’école, outre le recrutement et l’augmentation substantielle des personnels, le projet NPA prévoit la suppression de la loi contre les signes religieux chez les lycéens. 

Sur l’énergie, c’est assez simple : fermeture avant 2032 de toutes les centrales nucléaires. Et 100% d’énergies renouvelables en 2050. Le programme n’explique pas ce qui se passe entre 2032 et 2050. 

Signe distinctif, dans cette campagne présidentielle très personnalisée, Philippe Poutou renâcle à dire “je” ; il préfère le “nous” collectif et se méfie du culte de la personnalité qui gagne aussi à gauche.  Sa campagne illustre la différence entre le fond et la forme. La forme peut être amicale, et le fond radical. 

Vous dressez un constat similaire chez Jean Lassalle ? 

Dans une certaine mesure. Bien sûr, lui l’élu des Pyrénées n’est pas un révolutionnaire. Néanmoins, là encore, son programme tranche avec l’image facile du grand escogriffe sympathique entré presque par inadvertance dans ce scrutin.  Plusieurs propositions sont assez radicales : stopper les éoliennes, sortir de l’OTAN, enseigner une deuxième langue dès la primaire. 2ème langue, étrangère ou régionale, insiste le candidat béarnais.  

Dans son projet, il défend en toutes lettres la chasse, fustige l’ours et le loup, ces prédateurs de troupeaux, il veut baisser les taxes sur le carburant. Le programme se veut local, rural, avec quelques tonalités que n’aurait pas reniées Pierre Poujade.  Quelques étrangetés aussi, comme au chapitre santé, lorsque le candidat promet, je cite, d’”en finir avec le cancer”.  Au programme également, des places de prison en plus, et la légalisation du cannabis, voici le “En même temps” sauce béarnaise. 

Le candidat, ancien du Modem, s’était déjà présenté en 2017. Entretemps, il fut accusé d’agressions sexuelles, selon une enquête de Médiapart - sans qu’aucune plainte n’ait été déposée contre lui. 

Dans son projet enfin, Jean Lassalle n’oublie pas d’adresser un clin d’œil aux gilets jaunes. Il promet de mettre en place le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, qui serait déclenché par 700 000 signatures.

L'équipe