Pour les particuliers, les prix du gaz sont gelés en France depuis le début de l'année
Pour les particuliers, les prix du gaz sont gelés en France depuis le début de l'année ©AFP - JOHANNA LEGUERRE / AFP
Pour les particuliers, les prix du gaz sont gelés en France depuis le début de l'année ©AFP - JOHANNA LEGUERRE / AFP
Pour les particuliers, les prix du gaz sont gelés en France depuis le début de l'année ©AFP - JOHANNA LEGUERRE / AFP
Publicité

L'an prochain, le gouvernement va prolonger le bouclier tarifaire sur les prix de l'énergie, malgré son coût exorbitant. A-t-il le choix ?

Longtemps, le gouvernement a espéré que l’inflation allait se calmer. En attendant, l’Etat a fait le dos rond. Il a massivement soutenu le pouvoir d’achat, avec la ristourne sur le carburant, le blocage des prix du gaz, et la hausse des prix de l’électricité contenue à 4%. Mais l’inflation s'installe. D’après les calculs du gouvernement, si l’Etat ne fait rien, l’an prochain, la facture d’électricité augmenterait de 100%. Le bouclier tarifaire va donc être prolongé. L'an prochain, l'Etat va continuer à payer une partie des factures des Français. Il n'a pas le choix mais il va devoir... faire des choix.

Partout en Europe, ce sujet est explosif. Au Royaume-Uni, le mois prochain, les tarifs réglementés de l’énergie doivent bondir de 80%. C’est un choc immense, qui provoque à la fois beaucoup d’inquiétude et beaucoup de colère. Ce lundi, la conservatrice Liz Truss devrait devenir première ministre, sauf coup de théâtre, et succéder à Boris Johnson. Elle a beau être libérale, se référer à Margaret Thatcher, elle promet déjà un soutien immédiat aux familles britanniques désemparées. La tension monte aussi en Allemagne. Ce week-end, le gouvernement allemand a annoncé un plan à 65 milliards en faveur du pouvoir d’achat. Chez nous, en France, personne n’a oublié le mouvement des gilets jaunes. Le prix du carburant, du gaz, de l’électricité est un sujet très sensible. Le gouvernement veut donc garder lui aussi un "système protecteur" - c’est son expression. Mais cela pose d’énormes problèmes.

Publicité

Un message politique brouillé

D'abord, quel est le message politique ? D’un côté, Emmanuel Macron met en avant la fin de l’abondance, et le gouvernement appelle à la sobriété. De l’autre, l'Etat continue à subventionner les prix de l’énergie, y compris de l’énergie fossile, celle dont nous voulons nous débarrasser, en pleine crise climatique. Le message est contradictoire.

Ensuite, ce soutien financier coûte extrêmement cher. Selon le ministère de l’économie, depuis l’automne dernier, le bouclier tarifaire a coûté environ 24 milliards d’euro, ce qui est phénoménal. Il s'agit d'argent "perdu", ce n’est pas de l’investissement. Pour l’an prochain, le gouvernement cherche donc une nouvelle ligne de conduite. Il veut maintenir les aides, tout en les réduisant. Il a trouvé une formule : "On est passé du quoi qu’il en coûte au combien ça coûte".

Mais est-ce que l’Etat doit subventionner les factures de tous les Français, même les plus riches, ou soutenir seulement les plus fragiles ? Cette question est centrale. Elle est au cœur du budget qui va être discuté dans les prochaines semaines, et elle provoque beaucoup de tension.

Le prix du carburant, un symbole très concret

Le débat sur le prix du carburant est emblématique. Cet été, le gouvernement voulait profiter de la rentrée pour limiter le soutien à l’achat d’essence ou de diesel. Pour remplacer la ristourne générale, il proposait une indemnité versée aux gros rouleurs, à ceux qui besoin de leur voiture pour aller travailler et qui ont moins de revenus. Mais après un long débat, en juillet, il a reculé, et il a maintenu la ristourne générale. Il l’a même augmentée, à 30 centimes par litre de carburant depuis le 1er septembre. Cette subvention devrait baisser à la fin de l’année.

Le gouvernement a reculé parce qu'il n'a plus la majorité absolue à l’Assemblée nationale. A droite, chez les Républicains, 54 députés ont accepté, au mois de juillet, de voter les mesures sur le pouvoir d’achat, mais ils ont exigé que la ristourne sur le carburant continue à profiter à tous les conducteurs, qu’ils soient riches ou qu’ils soient pauvres. Pour les Républicains, c’était une question d’égalité, et de justice vis-à-vis des classes moyennes. Ils ont obtenu gain de cause, même si cette mesure coûte cher, et même si elle profite davantage aux conducteurs aisés, parce que ce sont eux qui consomment le plus de carburant. Quel est le rôle de l'Etat en période de crise, quand la crise s’installe, quand elle dure, quand elle coûte cher ? Ce débat est politique, philosophique même. Ses conséquences sont très concrètes.