Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Jean-Luc Mélenchon (Union populaire) sont candidats pour la troisième fois.
Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Jean-Luc Mélenchon (Union populaire) sont candidats pour la troisième fois.
Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Jean-Luc Mélenchon (Union populaire) sont candidats pour la troisième fois. ©AFP - Sameer Al Doumy / Alain Jocard
Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Jean-Luc Mélenchon (Union populaire) sont candidats pour la troisième fois. ©AFP - Sameer Al Doumy / Alain Jocard
Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Jean-Luc Mélenchon (Union populaire) sont candidats pour la troisième fois. ©AFP - Sameer Al Doumy / Alain Jocard
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Résumé

DUEL DE CANDIDATS (5/6). Jean-Luc Mélenchon (LFI/UP) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) revendiquent tous deux une certaine radicalité... Mais divergent sur la signification de ce terme.

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Ces dernières années, Jean-Luc Mélenchona eu des mots durs, mordants contre le Parti socialiste, d’après lui beaucoup trop mou, beaucoup trop timide contre le capitalisme. 

Mais pendant ce temps, Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière, instruit le même procès en mollesse contre Jean-Luc Mélenchon. Dans ses meetings, elle rappelle volontiers qu’il fut sénateur et ministre socialiste, qu’il a participé au gouvernement Jospin, lequel privatisa nombre d’entreprises publiques. Elle l’accuse, je cite, d’avoir opéré un “lifting” politique. 

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En somme, on est toujours le centriste de quelqu’un d’autre. 

Etiquette

Les mots sont intéressants. Le candidat de la France insoumise réfute l’étiquette d’extrême gauche. “Si vous voulez voter extrême-gauche, alors votez pour madame Arthaud, ou monsieur Poutou”, prévenait-il l’autre jour sur M6. 

Jadis passé par le trotskysme (il s’est d’ailleurs rendu il y a deux semaines aux obsèques d’Alain Krivine, le fondateur de la LCR), Jean-Luc Mélenchon se méfie aujourd’hui des appellations partisanes. D’ailleurs, il mène campagne sous la bannière de “l’Union populaire”, un nom qui prend soin de ne pas se positionner sur l’axe gauche/droite, mais plutôt sur le rapport peuple/élite. 

Jusqu’à récemment, Jean-Luc Mélenchon refusait d’employer le mot “gauche”, estimant qu’il avait été dénaturé par le mandat de François Hollande. Ses partisans l’utilisent à nouveau, depuis qu’ils espèrent obtenir le soutien d’électeurs écologistes et communistes dès le premier tour. 

Un autre point de désaccord entre Jean-Luc Mélenchon et Nathalie Arthaud concerne les mobilisations sociales à venir…

Jean-Luc Mélenchon l’affirme : si je suis président, il n’y aura besoin de manifestations puisqu’il n’y aura pas de recul de l'âge de la retraite - et même une augmentation du SMIC et des minima sociaux. Pas si vite, répond Nathalie Arthaud. La candidate de Lutte ouvrière estime que son rival se voit trop beau, trop fort, trop puissant. Elle l’a même surnommé “l’illusionniste”. 

Pour que le patronat lâche, selon Arthaud, Mélenchon à l’Elysée cela ne suffira pas, loin de là : il faudra d'après elle des mouvements sociaux massifs pour atteindre le rapport de force nécessaire. 

La différence entre les deux se voit aussi sur la forme, même si elle est secondaire. Nathalie Arthaud reste attachée aux fondamentaux de son parti. Le vocabulaire ("travailleuses, travailleurs"), le meeting avec l’estrade, la table et la nappe rouge. 

Quand Jean-Luc Mélenchon, de son côté, utilise les hologrammes et les écrans immersifs. Sans oublier d’inonder les réseaux sociaux, Instagram, Snapchat et Tik Tok - qu’importe qu’ils appartiennent à de grands groupes capitalistes américains et chinois. Il y aurait là de passionnantes réflexions sur le dilemme entre les moyens et la fin.

L’opposition entre ces deux candidatures se perçoit aussi sur le rapport à la religion. 

Nathalie Arthaud est restée fidèle à la conviction que “la religion est l’opium du peuple”. Fondement marxiste que rien ne semble devoir perturber. 

A l’inverse, Jean-Luc Mélenchon admet avoir évolué sur la question. Dans plusieurs interviews, il confesse avoir été trop loin dans l’anti-cléricalisme. 

Une manière peut-être de tendre la main à notre époque - et à la jeunesse, avec le retour du religieux. Désormais 51% des jeunes de 18 à 30 ans disent croire en Dieu. 

Un chiffre majoritaire dans cette tranche d’âge pour la première fois depuis 40 ans. On le voit avec ces deux candidats : la gauche a le culte entre deux chaises.

Frédéric Says