Une station-service, près de Lyon, le 10 octobre 2022
Une station-service, près de Lyon, le 10 octobre 2022 ©AFP - JEFF PACHOUD / AFP
Une station-service, près de Lyon, le 10 octobre 2022 ©AFP - JEFF PACHOUD / AFP
Une station-service, près de Lyon, le 10 octobre 2022 ©AFP - JEFF PACHOUD / AFP
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Les pénuries de carburant s'accentuent. Le gouvernement hausse le ton. Il réquisitionne une partie des salariés grévistes. La CGT s'insurge et appelle à amplifier le mouvement.

Le ton a changé. Il a suffi d’un mot : "réquisition". Le gouvernement est prêt à engager un bras de fer. Il veut faire reculer la CGT. Les pénuries de carburant gênent des millions de Français. Des cars scolaires n’ont pas pu sortir, des chantiers sont reportés, les transporteurs routiers évoquent des ruptures de produits alimentaires s’ils ne peuvent pas livrer les magasins. Bref, c’est la pagaille.

Est-ce que cette menace de réquisition va calmer le jeu ? Élisabeth Borne en fait le pari. Hier, à l’Assemblée nationale, la séance de questions au gouvernement a été houleuse. La Première ministre a répondu elle-même aux attaques, avec ses mots : "On ne peut pas continuer à bloquer le pays. Chacun prend ses responsabilités. Le gouvernement prend les siennes".

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Est-ce que cette fermeté va payer ? Pour l’instant, pas du tout. Le mouvement continue. Il s’étend, même. Ce matin, chez TotalEnergies, la grève est reconduite. La raffinerie de Donges, en Loire-Atlantique, a rejoint le mouvement. Chez Esso-ExxonMobil, à Port-Jérôme, en Seine-Maritime, la grève est reconduite également. Et au niveau national, la CGT hausse le ton. La centrale de Philippe Martinez suspend sa participation aux concertations avec le gouvernement, notamment sur la réforme des retraites. Elle appelle "toutes ses organisations à soutenir massivement les salariés des raffineries", en organisant des manifestations devant les préfectures, les sous-préfectures. Est-ce que la CGT sera suivie ? Est-ce que le mouvement va faire tache d’huile ? Personne n’en sait rien. Comme le gouvernement, la CGT fait un pari.

Un discours musclé... mais une action prudente

Pour l’instant, c’est plutôt : "Retenez-moi, ou je fais un malheur !". Le discours est musclé, l’action est prudente. D’ailleurs, tôt ce matin, les arrêtés de réquisition n’avaient pas été pris. Le gouvernement regarde comment la situation évolue. Il veut agir au cas par cas, site par site.

Élisabeth Borne essaie de répondre à l’opinion, à l’opposition, sans donner non plus l’impression de brutaliser le dialogue social. D’ailleurs, elle fait une distinction entre le groupe Esso-ExxonMobil et le groupe TotalEnergies. Dans le premier cas, un accord majoritaire sur les salaires a été trouvé, avec la CFDT, mais sans la CGT. Puisque l’accord est majoritaire, le gouvernement estime que le travail doit reprendre. C’est là, chez Esso-ExxonMobil, qu’il envisage des réquisitions. Chez TotalEnergies, il appelle toujours au dialogue.

Est-ce qu’il peut faire davantage ? Emmanuel Macron est très agacé. Il ne veut pas porter le chapeau à la place des géants de l’énergie. Lundi, quand il a appelé au dialogue, il a utilisé une vieille expression : "Ce n’est pas au président de la République de faire les négociations d’entreprise, sinon on va partir cul par-dessus tête".

Satisfaction ou réquisition ?

Les oppositions mettent le gouvernement sous pression. Peut-il répondre à toutes les critiques en même temps, à sa gauche et à sa droite ? Le Rassemblement national, par exemple, développe une position très alambiquée. Pour Jordan Bardella, qui veut devenir président du parti, les revendications salariales de la CGT sont "parfaitement légitimes", mais le conflit ne doit pas bloquer le pays, et les réquisitions peuvent être une solution. Le Rassemblement National est donc d’accord avec tout le monde, la CGT et le gouvernement.

À gauche, François Ruffin, pour La France Insoumise, accuse le chef de l'Etat de choyer TotalEnergies, au détriment des grévistes : "Macron réquisitionne plus vite les salariés que les super-dividendes". Le parti de Jean-Luc Mélenchon veut s’appuyer sur ce mouvement social dans les raffineries, en faire un relais avant sa marche "contre la vie chère" dimanche prochain à Paris. Il bat le rappel, sans garantie de succès.

Hier, à l’Assemblée nationale, Elisabeth Borne a repris un grand classique de la politique. Elle a cité Maurice Thorez, l’ancien dirigeant communiste : "Il faut savoir terminer une grève dès lors que la satisfaction a été obtenue". La satisfaction sans - ou avec - les réquisitions : la voie est étroite.

Journal de 22h
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