Jean-Luc Mélenchon, le 15 mars 2022.
Jean-Luc Mélenchon, le 15 mars 2022. ©AFP - Alain Jocard
Jean-Luc Mélenchon, le 15 mars 2022. ©AFP - Alain Jocard
Jean-Luc Mélenchon, le 15 mars 2022. ©AFP - Alain Jocard
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Pressés de trouver les voix manquantes pour une accession au second tour, les cadres de la France insoumise s'identifient à nouveau par ce terme.

Voici un mot, prononcé à plusieurs reprises hier par le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, sur France info :

“On a entendu pendant longtemps que la gauche était balayée, éliminée, qu'elle ne pourrait pas gagner l'élection présidentielle, [or] il y a une opportunité de le faire”.

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Rien ne vous surprend dans cet extrait ? Il y a pourtant un petit détail - ou un grand - détail : les insoumis en appellent... à la gauche.

La “gauche” : pourtant, ce mot avait été banni, ou du moins écarté par la France insoumise. Un mot devenu trop flou, voire un repoussoir. C’est ce qu’en disait Jean-Mélenchon voilà cinq ans, en mars 2017 sur BFM TV : 

“Vous me parlez de la gauche mais qu'est-ce que c'est ? François Hollande ? Manuel Valls ? Monsieur Hamon, monsieur Montebourg ? Ces gens-là se sont auto-proclamés "gauche". Ils ont rendu la marque tellement incertaine que c'est devenu un repoussoir ! Donc moi, je ne parle pas de la gauche”. 

Alors qu’est-ce qui a changé entre temps ? Pourquoi le mot gauche est-il revenu en grâce dans la bouche des cadres de la France insoumise ?

Première explication : le souvenir du quinquennat de François Hollande, qui était tout frais dans l’extrait qu’on vient d’entendre, s’est depuis estompé. Et avec lui l’effet-repoussoir que subodore Jean-Luc Mélenchon. 

Deuxième explication : il manque seulement quelques points au candidat insoumis pour espérer figurer au deuxième tour.

Plus le temps, dès lors, de finasser sur des débats sémantiques. C’est l’heure des appels du pied aux autres partis de gauche et surtout à leurs électeurs. Qu’importe le flacon partisan, pourvu qu’on ait l’ivresse des urnes. 

Et puis il y a une troisième explication, qui tient à la stratégie, ou plutôt aux différentes stratégies adoptées par la France insoumise ces dernières années. 

Le mot "gauche" a déjà disparu du nom du mouvement voilà cinq ans. Souvenez-vous, avant de s’appeler La France insoumise, le mouvement de soutien à Jean-Luc Mélenchon s’appelait le Front de gauche. C’est sous cette bannière qu’il a d’ailleurs mené sa première campagne en 2012.

Or, le parti a ensuite décidé de délaisser les tentatives d’union de la gauche, pour se concentrer plutôt sur les abstentionnistes, les classes populaires, y compris quand elles penchent par désespoir à l’extrême-droite.  Ceux que Jean-Luc Mélenchon nomme les “fâchés mais pas fachos”.

En somme, plutôt que d’en appeler à la gauche, en appeler au peuple. 

Et cette stratégie a-t-elle fonctionné ?

Pas vraiment : les élections intermédiaires au cours de ce quinquennat ont été mauvaises pour la France insoumise.

La campagne présidentielle, elle, connaît une vraie dynamique, une affluence dans les réunions publiques… Mais pour l’heure, les abstentionnistes restent nombreux. 

A ce stade, seuls ⅔ des électeurs se disent certains d’aller voter à la présidentielle… Et Jean-Luc Mélenchon est en retard sur son score de 2017.

Nous sommes à 20 jours du premier tour, il est crédité de 13 à 14% des voix. En 2017, à 20 jours du premier tour, le leader insoumis était à 16%. 

Précision qui a son importance : le candidat Benoît Hamon, au même moment, disposait encore de 10% des intentions de vote. Un réservoir que Jean-Luc Mélenchon a pu en partie siphonner, et qui n’existe plus cette année.

Pour autant, et même si Marine Le Pen continue de monter, rien n’est joué pour l’accession au deuxième tour.

Parmi les obstacles que doit affronter Jean-Luc Mélenchon, il n’y a pas seulement les chiffres, il y a aussi les lettres, ou plutôt les mots, ceux qu’il a eu pendant cinq ans pour les partis rivaux à gauche.

“Menteurs", "hypocrites", "faux jetons” a-t-il lancé vis-à-vis des écologistes. “Vous êtes la mort et le néant” a-t-il envoyé aux communistes, en 2017, après avoir rompu avec eux. 

Est-ce irrémédiable ? Sans doute pas. Mais en politique, il est difficile de faire succéder aux coups de pieds… les appels du pied. 

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